Afghanistan

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014. 

Même si l’insécurité empêche toujours de mesurer pleinement l’ampleur du phénomène du recrutement et de l’utilisation d’enfants, l’ONU a constaté que 97 enfants (des garçons uniquement), dont certains étaient âgés de 8 ans seulement, avaient été enrôlés et utilisés, la majorité (72) par des groupes d’opposition armés, dont les Taliban et le réseau Haqqani. Neuf d’entre eux ont été recrutés pour des attentats-suicides. En mai 2013, trois policiers et deux civils ont été tués et 16 personnes blessées dans un attentat-suicide perpétré par un adolescent de 15 ans contre un commandant de la police locale afghane dans le district de Muqur (province de Ghazni). Des enfants ont également été recrutés pour fabriquer et poser des engins explosifs improvisés, comme combattants, et pour jouer d’autres rôles, y compris comme esclaves sexuels. Dans la province de Laghman, les autorités ont arrêté 21 enfants, certains âgés de 7 ans seulement, qui auraient été en route pour le Pakistan où ils devaient être formés par les Taliban à la commission d’attentats-suicides, ce que les Taliban ont nié. Selon le Gouvernement, tous les enfants avaient été libérés et rendus à leur famille. Le recrutement et l’utilisation de 25 enfants ont été attribués aux Forces nationales de sécurité afghanes, dont 14 par la police locale afghane, cinq par la police nationale et un par l’Armée nationale afghane. Forcé par des éléments de la police nationale d’inspecter un objet suspect, un garçon de 12 ans a été tué par l’explosion. Utilisé comme porteur, un autre garçon associé à l’Armée nationale afghane dans la province de Kounar a été blessé par un engin explosif improvisé. Évolution positive, des groupes de la protection de l’enfance des centres de recrutement de la police nationale de l’ouest du pays ont refusé d’enrôler 132 jeunes garçons volontaires.

D’après le Ministère de la justice, 196 garçons accusés d’atteintes à la sécurité nationale, et notamment d’association à des groupes d’opposition armés, sont détenus dans des centres de réinsertion pour mineurs dans l’ensemble du pays depuis décembre 2013. L’ONU demeure préoccupée par plusieurs informations faisant état de sévices et de violences sexuelles sur la personne d’enfants en détention. Le 31 juillet 2013, l’ONU a été autorisée à visiter le centre de détention de Parwan pour s’entretenir avec deux des 70 jeunes détenus. Arrêtés par les forces internationales entre décembre 2009 et mai 2013, ces détenus étaient sous l’autorité du Gouvernement afghan au moment de la visite. La majorité des mineurs dans ce centre sont détenus sans inculpation et privés du droit de demander à la justice d’apprécier la légalité de leur détention.

Au moins 545 enfants ont été tués et 1 149 blessés dans 790 faits avérés. Les décès d’enfants ont augmenté de 42 % par rapport à 2012. Des groupes d’opposition armés, dont les Taliban et le groupe Hizb-e-Islami, sont responsables de la majorité (889) des victimes dénombrées. Deux-cent-vingt-neuf enfants ont été tués et 396 autres blessés par des engins explosifs improvisés et dans des attentats-suicides commis par des garçons dans au moins deux cas. Ainsi le 17 mai, deux engins explosifs improvisés ont explosé dans la ville de Kandahar, tuant un garçon de 6 ans et blessant 18 garçons et 1 fillette de 4 ans. Au moins 81 enfants ont été tués et 125 autres blessés par les forces progouvernementales, y compris les forces internationales, principalement lors d’accrochages avec des groupes armés. Au moins 120 des victimes sont imputables aux Forces nationales de sécurité afghanes qui, dans le cadre du transfert de la mission de sécurité aux forces afghanes, ont pris la direction de toutes les opérations depuis le 18 juin. Trente-sept enfants ont été tués et 19 autres blessés par des frappes aériennes internationales. En outre, 167 enfants ont été tués et 432 blessés dans des heurts entre forces progouvernementales et groupes armés, y compris dans des échanges de coups de feu et des tirs d’artillerie et de mortier dont on n’a pu établir la responsabilité. Les Forces de sécurité internationales ont reconnu leur responsabilité dans certains cas. Enfin, le nombre de civils tués par des attaques de drones est passé de 16 en 2012 à 59 (dont 2 enfants) en 2013. Le 27 novembre, un garçon de 10 ans a été tué dans le district de Mohammad Aqa (province de Logar), dans l’attaque par drone contre le lycée Shahid Ghulam Sakhi.

Au cours de la période considérée, on a recensé 12 cas de violences sexuelles sur la personne de 11 garçons et 5 filles imputables notamment aux Taliban, au réseau Haqqani et à la Police nationale. La violence sexuelle contre les enfants reste un trait caractéristique du conflit mais demeure sous-estimée en raison du climat d’impunité, de la crainte des représailles et de la stigmatisation. Au moins 15 garçons arrêtés par les Forces nationales de sécurité afghanes pour atteintes à la sécurité de l’État ont affirmé avoir été violés ou menacés de violences sexuelles à leur arrestation ou en détention. On a également signalé plusieurs cas de sévices sexuels sur la personne de garçons, imputables aux Taliban et à des commandants du réseau Haqqani, dont celui d’un garçon de 16 ans anciennement associé au réseau Haqqani arrêté par la Police nationale en décembre 2013. La pratique du bacha bazi, qui consiste pour des hommes influents à utiliser des garçons comme esclaves sexuels, demeure un sérieux motif de préoccupation. Le Gouvernement a déclaré que tout acte de violence sexuelle sur la personne d’enfants par des éléments des Forces nationales de sécurité afghanes donnait lieu à enquête pénale et qu’il avait mis en place en 2013 un programme pédagogique visant à prévenir cette pratique avec le concours de la Police nationale.

Les écoles ont continué d’être prises pour cible par les parties au conflit ou de subir des dommages indirects lors d’accrochages. Des écoles ont été attaquées dans au moins 73 incidents, qui se sont soldés par au moins 11 morts et 46 blessés parmi les écoliers. Dans certains cas, des groupes d’opposition armés ont posé des engins explosifs improvisés à l’intérieur des établissements. Des écoles ont aussi été endommagées à l’occasion d’attentats-suicides et d’attaques à l’engin explosif improvisé contre des lieux publics voisins ou les forces militaires afghanes et internationales, qui ont fait des victimes chez les écoliers. Les Taliban ont aussi continué de menacer des écoles de filles et autres établissements. En mai 2013, par exemple, des Taliban de la province de Nangarhar ont adressé une lettre aux enseignants et élèves d’une école de filles menaçant de les attaquer à l’acide s’ils continuaient de fréquenter l’école. Toujours en mai, dans la province de Zabol, les Taliban ont obligé 40 écoles à fermer, en représailles à la campagne du Gouvernement contre les groupes. Au moins 13 enseignants ont été tués ou blessés en 2013 et 8 autres enlevés par des groupes d’opposition armés.

D’après le Ministère afghan de l’éducation, environ 115 000 enfants ont souffert de la fermeture temporaire ou permanente de 539 écoles à cause de l’insécurité dans le sud (482 écoles), le sud-est (39) et l’ouest (18) du pays. Par ailleurs, en utilisant les écoles à des fins militaires, les Forces nationales de sécurité afghanes ont continué d’exposer les enfants au risque d’attaques par des groupes armés et d’entraver leur éducation dans au moins 15 cas avérés. Ainsi, en octobre, les Forces nationales de sécurité afghanes ont temporairement transformé trois écoles du district de Warduj (province de Badakhchan) en bases avancées installant des pièces d’artillerie sur le toit. Le Gouvernement affirme avoir fait donner l’ordre à toutes les unités des Forces nationales de sécurité afghanes de n’utiliser ni les écoles ni les centres de soins à ces fins.

Divers incidents sont venus entraver l’accès des enfants aux soins de santé : des centres de soins ont été endommagés et mis à sac et dispensaires et hôpitaux plastiqués à l’engin explosif improvisé. En outre, au moins 39 professionnels de la santé ont été tués ou blessés, enlevés ou intimidés. Toutes ces destructions seraient le fait des groupes d’opposition armés, sauf l’entrée par effraction dans un centre de soins temporaire, imputée aux forces militaires internationales, et deux autres cas, l’un d’intimidation du personnel de santé et l’autre d’entrée par effraction, attribués aux Forces nationales de sécurité afghanes. Tous les autres incidents ont été attribués à des groupes d’opposition armés, y compris les Taliban. Même si ces groupes ont publiquement pris position en faveur de la campagne de vaccination contre la poliomyélite de 2013, des factions locales dans plusieurs provinces ont continué de faire obstacle aux campagnes de vaccination.

Au moins 30 enfants ont été enlevés dans 17 incidents avérés, dont 16 imputés aux Taliban et à d’autres groupes d’opposition armés, pour espionnage présumé pour le compte du Gouvernement ou des forces internationales, en vue d’être enrôlés ou soumis à des violences sexuelles, ou à titre de représailles contre des membres de leur famille au service du Gouvernement ou des forces internationales ou soupçonnés de les soutenir. Au moins 10 garçons enlevés par les Taliban ont été exécutés, dont 2 enlevés le 23 mai pour espionnage pour le compte des Forces nationales de sécurité afghanes dans le district de Bati Kot (province de Nangarhar), ainsi qu’il ressort d’une lettre envoyée par les Taliban. Ils avaient l’un et l’autre été torturés au préalable. Le 19 octobre, lors du seul incident avéré imputable à la Police locale afghane dans le district de Bala Buluk (province de Farah), quatre garçons enlevés pour avoir posé des engins explosifs improvisés pour le compte de groupes d’opposition armés ont été exécutés sommairement.

Durant la période considérée, au moins 83 agents humanitaires ont été enlevés et 35 tués ou blessés par des groupes d’opposition armés. Au moins 23 attaques ou pillages de convois humanitaires et installations d’organismes humanitaires sont venus mettre à mal l’acheminement de l’aide humanitaire.

Je me félicite des progrès accomplis dans l’exécution des dispositions du Plan d’action visant à mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants et à prévenir ces actes, notamment du fait que l’ONU s’est vu accorder toute liberté pour procéder à tous contrôles et du fait que l’on continue de doter les centres de recrutement de la Police nationale et de la police locale afghane de groupes de protection de l’enfance. J’encourage le Gouvernement afghan à redoubler d’efforts pour accélérer la mise en œuvre du Plan d’action conformément à la « feuille de route pour la mise en conformité » en 15 points arrêtée avec l’ONU en août 2013, avec le concours du Bureau de ma Représentante spéciale. Je constate que le Gouvernement a présenté en mars 2014 son troisième rapport d’activité, dans lequel il décrit en détail les mesures prises en faveur de la mise en œuvre du plan d’action, et que des organisations internationales ont proposé de l’aider à s’acquitter de ses obligations à cet égard.

Parties en Afghanistan

1.       Police nationale afghane, y compris la police locale afghane, a *
2.       Réseau Haqqania, b
3.       Hezb-e-Islami, dirigé par Gulbuddin Hekmatyara, b
4.       Taliban, y compris le Front Tora Bora, le groupe Jamat Sunat al-Dawa Salafia et le réseau Latif Mansura, b, d

a Parties recrutant et utilisant des enfants.
b Parties tuant et mutilant des enfants.
c Parties violant ou commettant d’autres formes de violences sexuelles à l’encontre des enfants.
d Parties attaquant des écoles ou des hôpitaux.

* Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.
* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.