Mali

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/67/845–S/2013/245) publié 15 mai 2013.

L’extrême détérioration de la situation au Mali sur le plan de la sécurité en 2012 a été marquée par un grand nombre de violations graves commises contre des enfants par divers groupes armés. Les groupes armés opérant dans le nord du Mali ont formé des coalitions changeantes au fil du temps, menant des opérations militaires conjointes et partageant des campements communs. D’après les informations limitées dont on dispose, la composition de ces groupes armés est extrêmement fluide, de sorte qu’il est difficile d’essayer de définir les chaînes de commandement pour les violations commises contre des enfants signalées pendant toute l’année 2012. Bien que la situation sur le plan de la sécurité ait sévèrement limité tout accès, l’Organisation a reçu de nombreuses informations selon lesquelles des groupes armés, dont le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), Ansar Dine et Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), se livreraient à une exploitation et un recrutement massifs d’enfants. Les premières informations ont indiqué que des centaines d’enfants, principalement des garçons âgés de 12 à 15 ans, ont été enrôlés pendant la période considérée. Ils ont été affectés à la garde des points de contrôle et ont fait partie de patrouilles. En raison du caractère passager des alliances conclues entre groupes armés, ces enfants sont souvent recrutés par différents groupes au fil du temps. Au fur et à mesure que la MNLA perdait le contrôle du terrain dans le nord du Mali au profit d’Ansar Dine et du MUJAO, un certain nombre d’enfants sont passés à Ansar Dine, en particulier ceux appartenant au groupe de Iyad Ag Ghali, dont la base est à Kidal.

En plus de ceux qui ont été enlevés ou recrutés de force, un grand nombre d’enfants auraient été poussés à rejoindre des groupes armés en raison de leur pauvreté ou de leur affiliation ethnique. Des enfants Talibé, confiés par leurs parents à des marabouts ou à des religieux chargés d’assurer leur éducation islamique, sont particulièrement vulnérables face au recrutement, de même que les enfants appartenant aux groupes ethniques touareg, arabe, peuhl et songhaï. Le MUJAO et Ansar Dine auraient donné de l’argent aux enfants recrutés et à leurs parents et le MUJAO a attiré des enfants ayant à peine 12 ans en leur promettant qu’ils recevraient un enseignement coranique. Des enfants associés au MUJAO auraient été aperçus en train de monter la garde dans un établissement d’enseignement secondaire de Douentza et d’exécuter des tâches subalternes dans un camp de gendarmerie à Taoussa. Le MUJAO aurait également recruté par la force 15 enfants âgés de 13 à 18 ans à Menaka, à la suite d’affrontements à Konna, ce qui a incité certaines familles à envoyer leurs enfants au Niger pour éviter qu’ils ne subissent le même sort.

Des enfants, filles et garçons, ont également été associés aux milices progouvernementales. Par exemple, dans la région de Mopti/Sévaré, sous contrôle du Gouvernement, des informations ont été reçues par l’ONU concernant le recrutement d’enfants par les milices Ganda Izo, Ganda Koy et les Forces de libération du Nord. Étant donné qu’un certain nombre de milices sont intégrées dans les forces armées du Mali, il est urgent de repérer ces enfants pour qu’ils sortent des rangs.

Des enfants ont également été capturés par les forces armées maliennes pendant les opérations militaires qui se sont déroulées dans le nord du Mali. Quatre enfants au moins, qui auraient été associés au MUJAO, ont été détenus par les autorités maliennes et l’un deux aurait été placé dans un centre de rééducation pour mineurs. Le 9 mars 2013, des soldats français ont capturé cinq enfants combattants au cours d’opérations militaires et les ont remis aux autorités maliennes. Les enfants ont immédiatement été confiés à l’UNICEF qui s’occupera d’eux à titre temporaire. À l’heure actuelle, les forces armées françaises transfèrent automatiquement les enfants à l’UNICEF par l’intermédiaire de la gendarmerie malienne, mais il faut officialiser cet arrangement au moyen de directives opérationnelles concernant la remise des enfants arrachés aux combats.

On dispose de très peu d’informations sur les meurtres et les mutilations d’enfants en 2012. Cependant, 17 incidents ont été signalés, au cours desquels six enfants ont été tués et 22 ont été blessés par des restes explosifs de guerre. Pendant l’offensive, les dépôts d’armes des forces armées nationales ont été pillés, en particulier à Tombouctou, et des armes et des munitions ont été essaimés aux alentours des villes. Des groupes armés ont également posé des bombes et laissé d’autres engins explosifs dans le nord du Mali en prévision des opérations militaires, faisant des morts et des blessés parmi les enfants. Entre mars et août 2012, 28 incidents graves auraient été occasionnés par des mines et des restes explosifs de guerre dans le nord du Mali, entraînant la mort de 24 enfants. Il a été en outre affirmé que des enfants associés aux groupes armés ont été tués ou mutilés lors de la campagne militaire franco-malienne déclenchée en janvier 2013, notamment pendant les bombardements aériens. Certains enfants auraient été utilisés par les groupes armés comme boucliers humains. Les représailles interethniques contre des enfants d’origine arabe ou touareg, menées notamment par les forces armées nationales, demeurent préoccupantes.

Les sévices sexuels perpétrés contre des filles par des groupes armés seraient largement répandus et systématiques dans le nord du Mali (Tombouctou, Gao, Kidal et partie de Mopti). En totalité, 211 cas de violence sexuelle (notamment des cas de viol, d’esclavage sexuel, de mariage forcé, de violence sexuelle dans les centres de détention, ainsi que de viol collectif), ayant pour auteurs le MNLA, le MUJAO, Ansar Dine et AQMI, ont été recensés depuis janvier 2012. Des informations ont été rassemblées par l’ONU concernant les filles qui ont été violées par plusieurs membres des groupes armés. Des cas de mariages forcés de femmes et de filles, imposés par le MUJAO, Ansar Dine et AQMI, ont été signalés dans toutes les régions sous leur contrôle. Les parents auraient été forcés de donner leurs filles en mariage à des membres de ces groupes, les abandonnant au viol et à l’esclavage sexuel. Les filles ont souvent été violées à de multiples reprises par plusieurs hommes dans les camps de groupes armés. Des informations ont également été reçues selon lesquelles les filles du groupe ethnique Bella, une caste touareg considérée comme étant inférieure aux Touaregs de soi-disant peau claire, étaient particulièrement exposées aux enlèvements à des fins d’abus et d’exploitation sexuels.

L’offensive menée par le MNLA et la prise du nord du Mali par les groupes armés qui lui a succédé ont eu un effet dévastateur sur l’accès des enfants à l’éducation. Au total, 115 écoles ont été pillées, endommagées, bombardées, utilisées à des fins militaires ou exposées aux engins non explosés. Des groupes armés auraient interrompu le déroulement des cours en exigeant que leur interprétation de la charia soit enseignée. En février 2013, 86 % des élèves qui se trouvaient encore dans le nord du pays restaient privés d’accès à l’éducation.

En octobre 2012, le Gouvernement a créé un groupe de travail interministériel pour empêcher les violations graves contre des enfants, en le chargeant notamment de mener des campagnes de sensibilisation pour prévenir le recrutement et l’utilisation des enfants et des missions conjointes de vérification avec des partenaires internationaux pour déterminer s’il y avait des enfants dans les rangs des milices d’autodéfense. Le 7 février 2013, une circulaire interministérielle a été signée sur la prévention, la protection et le retour aux familles d’enfants associés aux forces armées et aux groupes armés.

Parties au Mali

  1. Ansar Dine (a, c)
  2. Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) (a, c)
  3. Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) (a, c)
* Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes. (a) Parties recrutant et utilisant des enfants. (c) Parties violant des enfants et commettant d’autres violences sexuelles à leur encontre.