Philippines

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014.

Des enfants continuaient d’être utilisés par tous les groupes armés, y compris le Front de libération islamique Moro (MILF), qui avait signé un plan d’action avec l’ONU en 2009, la Nouvelle armée populaire (NPA), le Front de libération nationale Moro (MNLF), le groupe Abu Sayyaf et les Combattants islamiques pour la liberté des Bangsamoro (BIFF), faction indépendante du MILF. En 2013, les deux derniers groupes ont multiplié les combats pour s’opposer au processus de paix entre le Gouvernement et le MILF. Ainsi, lors d’attaques menées par le MNLF sur la ville de Zamboanga en septembre, au moins 7 garçons âgés de 14 à 17 ans ont été utilisés comme combattants et porteurs, 2 d’entre eux ayant trouvé la mort, et au moins 150 civils, dont 13 filles et 19 garçons, ont servi de boucliers humains. Du côté des forces gouvernementales, un garçon de 12 ans a été utilisé comme informateur par la police, selon des informations vérifiées.

L’ONU demeurait préoccupée par les informations qui ne cessaient de lui parvenir concernant des arrestations et détentions d’enfants soupçonnés d’être associés à des groupes armés par les forces armées philippines et par le fait qu’ils soient dénoncés publiquement. En juin, des membres des forces armées philippines ont arrêté, placé en détention et maltraité trois garçons déplacés de la province de Maguindanao, âgés entre 16 et 17 ans, qu’ils soupçonnaient de faire partie des Combattants islamiques pour la liberté des Bangsamoro. Ces violences auraient été commises dans les bâtiments d’une école voisine où ils auraient été soumis à un interrogatoire. À Zamboanga, un garçon de 14 ans, accusé d’être un membre du MNLF, a été arrêté et maintenu en détention, les mains ligotées, pendant près de deux semaines. Le 22 juillet, deux autres garçons ont été arrêtés par les forces armées philippines pour association présumée avec la NPA dans la ville de Loreto (province d’Agusan du Sud). Les rapports médicaux confirment qu’ils ont été maltraités pendant leur détention militaire.

Au moins 20 enfants (4 filles et 16 garçons) avaient été tués et 22 autres blessés (6 filles et 16 garçons) lors de 33 incidents distincts. La plupart d’entre eux avaient été victimes d’affrontements qui avaient eu lieu à Zamboanga, en septembre, entre les forces armées philippines et les groupes armés, notamment le Front de libération Moro, ainsi que les combats entre factions au sein des groupes armés. En février et avril, par exemple, à la suite de plusieurs affrontements entre deux factions du MILF dans le nord de la province de Cotabato et dans celle de Maguindanao, au moins trois garçons étaient morts et une fille de 12 ans avait été blessée. Le 3 avril, lors d’un autre incident survenu dans la province de la vallée de Compostela, un garçon de 8 ans était décédé et deux autres, de 12 et 13 ans, avaient été blessés par les tirs de l’AFP. Les forces armées philippines soutiennent qu’ils ont été les victimes d’un affrontement avec le NPA, mais leurs familles ont réfuté l’existence d’un tel affrontement et porté plainte pour meurtre.

Dans les zones touchées par ces affrontements armés, l’accès à l’éducation pour les enfants restait compromis. En juillet, notamment, à la suite de combats entre le BIFF et les forces armées philippines, les cours ont été suspendus pour 5 883 enfants dans trois municipalités de Maguindanao. En raison de tensions entre le MILF et le MNLF, les écoles fréquentées par 398 enfants ont fermé en juin dans deux villages de la municipalité de Matalam, dans le nord de la province de Cotabato. En septembre, trois autres établissements scolaires ont été totalement détruits par les flammes lors de combats entre le MNLF et les forces armées nationales dans la ville de Zamboanga.

Le personnel éducatif et médical a également été la cible des groupes armés. Le 23 septembre, l’école élémentaire de Malingao, située dans la municipalité de Midsayap dans le nord de la province de Cotabato, a servi de poste de défense aux Combattants islamiques pour la liberté des Bangamoro qui ont pris en otage environ 1 500 adultes et enfants et enlevé neuf enseignants pour couvrir leur fuite. Le 18 mai, Abu Sayyaf a kidnappé un membre du corps médical du centre de santé de la municipalité de Jolo, dans la province de Sulu.

Le 15 juillet, les forces armées philippines ont publié des directives sur la conduite des opérations à l’intérieur des établissements scolaires et hospitaliers. Je juge encourageantes les informations selon lesquelles certaines unités des forces armées philippines se sont retirées des écoles, grâce au travail de sensibilisation mené par l’ONU lors de réunions périodiques avec le mécanisme de surveillance, de communication de l’information et d’intervention du Gouvernement, et je recommande vivement que ces directives soient appliquées durablement. L’existence de camps militaires à l’intérieur ou à proximité des établissements scolaires et dispensaires porte atteinte au droit à l’éducation et à la santé des enfants et les expose au risque d’être victimes d’attaques.

Les négociations de paix entre le Gouvernement et le Front de libération islamique Moro se sont poursuivies en 2013. Le 27 mars 2014, les deux parties ont signé un accord de paix global sur la nouvelle région de Bangsamoro dans lequel le MILF s’est engagé à déposer les armes. L’Organisation des Nations Unies a continué de collaborer avec le MILF dans l’application du plan d’action, pour lequel le Front a signé, le 29 avril 2013, un additif visant à le proroger. En mai, à la suite d’une mission d’appui technique du Bureau de ma Représentante spéciale et de l’UNICEF, un plan opérationnel définissant les grandes lignes des étapes pratiques de la mise en œuvre du plan d’action a pu être établi. Toutefois, au moment de l’établissement du présent rapport, le MILF n’avait pas répondu officiellement aux communications de l’ONU aux Philippines. J’invite de nouveau instamment le MILF à continuer de collaborer avec l’ONU et j’engage le Gouvernement philippin à continuer d’appuyer ces initiatives.

Parties aux Philippines 

1.       Groupe Abu Sayyaf a
2.       Combattants islamiques pour la liberté des Bangsamoroa
3.       Front de libération islamique Moroa,*
4.        Nouvelle armée populairea

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.

a) Parties recrutant et utilisant des enfants.