Soudan du Sud

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014.

Avant la dernière crise, le Gouvernement sud-soudanais avait fait des progrès tangibles dans la lutte contre les graves violations dont sont victimes les enfants et dans l’exécution d’un plan d’action visant à mettre fin à l’enrôlement et à l’emploi d’enfants. Il avait notamment ordonné que cessent l’enrôlement et l’emploi des enfants dans l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), organisé, avec l’Organisation des Nations Unies, des visites de contrôle dans les casernes de l’APLS et dispensé périodiquement une formation aux soldats de l’Armée. Le 15 décembre 2013, des combats ont éclaté entre les factions de l’APLS qui sont alliées au Gouvernement et celles qui soutiennent l’ancien Vice-Président Riek Machar Teny, anéantissant les progrès réalisés dans l’exécution du plan d’action.

L’Organisation des Nations Unies a appris de source crédible que les forces progouvernementales et les forces de l’opposition favorables à Riek Machar Teny avaient commis de graves violations contre les enfants. Des milliers d’enfants auraient été mobilisés dans les États du Haut-Nil et du Jongleï par des membres de l’ethnie Nuer alliés aux forces de l’opposition, dits l’Armée blanche. Des milliers d’enfants ont été tués ou mutilés, violés ou déplacés, ou ont perdu leurs parents. Des écoles et des hôpitaux ont été attaqués et toutes les parties ont utilisé ces locaux à des fins militaires, privant les enfants d’éducation et de soins et aggravant ainsi la crise humanitaire. Bien que l’Organisation n’ait pu corroborer qu’un petit nombre de ces violations commises par toutes les parties au conflit, les cas avérés au moment de l’établissement du présent rapport n’avaient qu’une valeur indicative et des vérifications complémentaires étaient en cours. Rien que dans les hôpitaux de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) de Djouba et de Malakal, 110 enfants étaient soignés pour des blessures liées au conflit. Comme les vérifications se poursuivaient quand le présent rapport a été établi, il n’y est fait état que des cas portant sur la période qui a précédé le 15 décembre 2013.

Avant la crise, l’Organisation des Nations Unies a confirmé que 162 enfants, des garçons âgés pour la plupart de 14 à 17 ans, avaient été enrôlés et employés : 99 étaient associés à l’APLS, 3 à la Police nationale sud-soudanaise et 35 aux milices alliées à David Yau Yau dans l’État du Jongleï, et 25 enfants de la tribu Lou Nuer avaient été mobilisés dans la police de proximité dans l’État du Jongleï. Des enfants ont été vus dans les casernes de l’APLS; certains portaient l’uniforme de l’Armée et d’autres ont reçu une instruction militaire dans les zones touchées par le conflit. En outre, des allégations faisant état de l’enrôlement et de l’emploi de 133 enfants étaient en cours de vérification au moment de l’établissement du présent rapport.

Avant la crise de décembre, 63 enfants ont été tués et 83 blessés au cours d’affrontements entre l’APLS et des groupes armés, dans le conflit intercommunautaire au Jongleï et dans cinq accidents provoqués par des restes explosifs de guerre dans les États de l’Équatoria central, de l’Équatoria oriental, du Jongleï et de l’Unité.

L’ONU a confirmé sept cas de violences sexuelles commises contre sept filles. Les auteurs seraient des soldats de l’APLS qui auraient agi seuls dans les États de l’Équatoria central, de l’Équatoria oriental, du Jongleï, des Lacs, de l’Unité, du Haut-Nil et du Bahr el-Ghazal occidental.

Au cours de la période à l’examen, 26 nouveaux cas d’utilisation d’établissements scolaires et d’hôpitaux à des fins militaires par l’APLS (19 cas), la Police nationale sud-soudanaise (6 cas) et des acteurs non étatiques (1 cas) ont été enregistrés, perturbant la scolarité d’environ 13 000 enfants. Au 15 décembre, sept écoles étaient toujours utilisées par l’APLS, en violation de l’instruction militaire du 14 août 2013. Depuis les changements intervenus à la tête de l’APLS en janvier 2013, l’Armée coopère moins avec l’ONU et utilise les écoles plus qu’avant. Par ailleurs, l’ONU a confirmé que deux hôpitaux avaient été pillés et incendiés dans le comté de Boudi (État de l’Équatoria oriental) à la suite d’affrontements entre voleurs de bétail et forces gouvernementales. Les milices alliées à David Yau Yau auraient brûlé un autre dispensaire dans le comté de Pochalla (État du Jongleï).

Selon certaines informations, 250 enfants ont été enlevés pendant la période en raison du conflit intercommunautaire. Ces enlèvements se produisent lors de vols de bétail ou d’attaques nocturnes dont le seul but est de rafler des enfants.

Au moins 24 cas de refus d’accès humanitaire ont également été signalés à l’ONU. Il y a eu notamment des entrées par effraction dans les installations humanitaires et des actes de harcèlement et d’agression physique commis contre des travailleurs humanitaires, ce qui a entravé l’accès à des populations qui ont un besoin criant d’assistance.

L’ONU fait régulièrement campagne contre la participation des enfants au conflit actuel et collecte et vérifie les renseignements concernant les violations dont sont victimes les enfants depuis le début de la dernière crise. Elle s’entretient à ce sujet avec toutes les parties. Je salue l’énergie déployée par le Conseil de sécurité, l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et d’autres intervenants régionaux pour faire face à l’intensification du conflit au Soudan du Sud. Je demande à toutes les parties de mettre fin immédiatement aux violences envers les enfants, qui ont atteint des degrés intolérables, et de faire en sorte que leurs auteurs aient à répondre de leurs actes.

Parties au Soudan du Sud 

1.       Armée populaire de libération du Soudan (SPLA)a, b, Ÿ*
2.       Groupes armés d’opposition, y compris d’anciens éléments de l’Armée populaire de libération du Soudan ayant rejoint l’oppositiona, b
3.       Armée blanche

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.

a)Parties recrutant et utilisant des enfants.
b)Parties tuant et mutilant des enfants.