Soudan

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014.

Les conditions de sécurité sont demeurées très précaires dans les États du Kordofan méridional et du Nil Bleu en raison de la poursuite des combats, principalement entre les forces gouvernementales et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N). De graves violations ont aussi été commises contre des enfants en raison des affrontements qui opposent les Forces armées soudanaises et le Front révolutionnaire soudanais, une coalition formée du SPLM-N, du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et des factions Minni Minawi (ALS-MM) et Abdul Wahid (ALS-AW) de l’Armée de libération du Soudan, au Kordofan méridional et au Kordofan septentrional. La situation sur le plan de la sécurité et les difficultés d’accès ont continué d’empêcher l’ONU de corroborer les informations, même si l’accès aux zones contrôlées par le Gouvernement a été légèrement facilité.

L’Organisation a recensé 42 enfants enrôlés et employés par des groupes armés dans les États du Kordofan méridional et du Nil Bleu, dont 2 par les Forces armées soudanaises. Ces deux garçons, âgés de 13 et 14 ans, ont été recrutés dans l’État du Nil Bleu et étaient toujours associés aux Forces armées soudanaises au moment de l’établissement du présent rapport. Sur les 40 enfants enrôlés et employés par des groupes armés, 14 garçons, dont certains âgés d’à peine 12 ans, ont été recrutés par les Forces de défense populaires dans l’État du Nil Bleu (5 garçons) et au Kordofan méridional (9 garçons). Au moins 26 enfants (19 garçons et 7 filles) ont été recrutés et employés par le SPLM-N, dont 10 (5 garçons et 5 filles) âgés d’à peine 12 ans, avaient fui un camp du Mouvement situé à Mandi (Kordofan méridional). Le Mouvement a enrôlé 16 enfants (14 garçons et 2 filles) dans l’État du Haut-Nil (Soudan du Sud). Trois d’entre eux ont dit avoir reçu une instruction militaire dans l’État du Nil Bleu après avoir été recrutés au Soudan du Sud en avril, ce qui confirme de précédentes allégations selon lesquelles les recruteurs d’enfants franchissent la frontière entre le Soudan du Sud et le Soudan.

Au moins six enfants ont été tués lors d’affrontements qui ont opposé, entre autres, les Forces armées soudanaises et le Front révolutionnaire soudanais et le SPLM-N et les Forces centrales de réserve de la police (FCR). En outre, 10 enfants ont été blessés dans des attaques au mortier lancées par les FCR (3) et le SPLM-N (7). En outre, au moins six enfants ont été blessés dans des accidents provoqués par des engins non explosés dans l’État du Nil Bleu et six enfants ont été tués et neuf autres blessés dans un accident du même type qui s’est produit à Oum Barakat (Kordofan méridional).

Seule une faible proportion des violences sexuelles commises contre des enfants dans les trois régions a été signalée en 2013, faute de moyens de suivi suffisants, et parce que les victimes ont peur d’être stigmatisées. L’ONU a confirmé que trois filles âgées de 14 à 17 ans avaient été violées par des hommes des milices progouvernementales en deux occasions distinctes, à Abou Zabad (Kordofan méridional) le 19 novembre.

Une seule attaque d’école a pu être vérifiée : le 19 novembre 2013, le SPLM-N a tiré un obus de mortier sur la cour de l’école primaire de garçons El-Manar de Kadougli (Kordofan méridional), blessant un élève de 10 ans.

En septembre, l’autorisation de se rendre à Abyei par Kadougli (Kordofan méridional) a été accordée pour la première fois mais elle a rapidement été levée en raison de l’intensification des combats entre les Forces armées soudanaises et le SPLM-N. Depuis que le conflit a éclaté en 2011, les organisations humanitaires n’ont jamais pu accéder aux zones du Nil Bleu et du Kordofan méridional qui ne sont pas contrôlées par le Gouvernement.

L’ONU a organisé des séances de formation et d’information sur la protection de l’enfance à l’intention de 131 membres des Forces armées soudanaises et des Forces de défense populaires. Neuf enfants libérés par ces dernières à Abugibaiha, Talodi et Kalogi (Kordofan méridional) et 10 enfants ayant fui le camp du SPLM-N à Mandi ont été réintégrés avec l’aide de l’Organisation. En 2012, le SPLM-N avait exprimé l’intention de nouer un dialogue avec l’Organisation pour lutter contre les graves violations dont sont victimes les enfants, mais aucune suite n’a pu être donnée, l’Organisation n’ayant pu avoir accès aux régions concernées.

Darfour

Au Darfour, les conditions de sécurité se sont détériorées en raison des heurts qui ont opposé sporadiquement les forces gouvernementales à des groupes armés, et des affrontements tribaux et intercommunautaires qui avaient entre autres pour enjeu le contrôle des ressources naturelles. Les différentes communautés ont mobilisé et armé de plus en plus d’enfants, ce qui a exacerbé le risque que les enfants démobilisés soient de nouveau enrôlés. L’Organisation a surveillé la situation en partenariat avec l’Union africaine dans le cadre de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), ce qui lui a permis de réunir des preuves concernant 4 cas d’enrôlement par les Forces armées soudanaises et 14 cas de recrutement par les gardes frontière. De plus, 17 enfants auraient été enrôlés par les Forces armées soudanaises, les gardes frontière et l’ALS-AW. Il a été difficile de vérifier les allégations d’enrôlement d’enfants au Darfour car il est compliqué de surveiller la situation et de signaler les violations dans les zones qui ne sont pas sous le contrôle du Gouvernement.

L’Organisation a recueilli des preuves que 91 enfants (71 garçons et 20 filles) ont été tués et 98 blessés (64 garçons et 34 filles). Au cours des affrontements qui ont opposé les forces du Gouvernement et des groupes armés et lors de combats entre ethnies ou membres d’une même ethnie, 43 enfants ont été tués et 32 blessés. Au moins 31 enfants ont été tués et 14 blessés par des frappes aériennes des Forces armées soudanaises. Les accidents attribuables aux restes explosifs de guerre sont aussi restés une source de préoccupation majeure car ils ont tué 17 enfants et en ont blessé 52.

Au moins 62 filles ont été violées en 40 occasions distinctes. La plupart des viols sont le fait d’hommes armés dont l’affiliation est inconnue, certains portant l’uniforme. Dans trois cas, les auteurs seraient des membres des forces gouvernementales et dans un, des membres de l’ALS-MM. La police soudanaise a arrêté un membre des Forces centrales de réserve de la police pour le viol d’une fillette de 6 ans commis le 17 octobre, et deux de ses agents ont été identifiés parmi les six auteurs du viol d’une jeune fille de 16 ans commis le 5 février près du secteur de Meglis à El Geneina (Darfour occidental). Seule une faible proportion des violences sexuelles a été signalée parce que les victimes ont peur d’être stigmatisées et de faire l’objet de représailles aux mains des auteurs, mais aussi parce que certains cas sont réglés à l’amiable.

Trois frappes aériennes des Forces armées soudanaises ont visé trois écoles situées dans le village de Doursa (Darfour central), à Oum Dadeti (Darfour méridional) et à Tabit (Darfour septentrional). Les trois écoles touchées ont été considérablement endommagées et six écoliers ont été blessés. En outre, entre le 15 et le 17 avril, des hommes armés dont l’affiliation est inconnue ont pillé des écoles situées à Labado (Darfour oriental) à la suite de combats entre les Forces armées soudanaises et l’ALS-MM.

Quinze enlèvements d’enfants ont été enregistrés à Donkey Dreisa et dans la forêt d’Hamada, au Darfour méridional (12 cas), à Labado et à Mouhajeriya, au Darfour oriental (2 cas), et à Jebel Amer, au Darfour occidental (1 cas). Par exemple, à Labado et à Mouhajeriya, une jeune fille de 15 ans a été enlevée par des miliciens progouvernementaux avec sa sœur de 18 ans, employée comme porteur et violée avant d’être libérée.

Le Gouvernement soudanais a pris des mesures constructives pour mettre fin à l’enrôlement et à l’emploi d’enfants. Le 21 juillet, il a promulgué une loi faisant passer l’âge de l’enrôlement dans les Forces de défense populaires de 16 à 18 ans et fixant à 18 ans l’âge minimum requis pour faire partie de la réserve militaire nationale et pour participer au service militaire national. Je trouve encourageant que l’Organisation et le Gouvernement soudanais s’efforcent de mettre au point un plan d’action visant à arrêter et à prévenir l’enrôlement et l’emploi d’enfants. Des progrès ont également été faits pour ce qui est du dialogue avec le MJE-faction Gibril Ibrahim, l’ALS-MM et l’ALS-AW, qui interdisent désormais le recrutement d’enfants dans leurs rangs, et avec Cheik Moussa Hilal, qui a imposé une interdiction similaire aux groupes nomades qu’il commande. En outre, 405 enfants auparavant associés à des forces ou groupes armés ont reçu une aide à la réintégration, y compris ceux qui étaient membres de l’ALS – direction historique aujourd’hui démantelée.

Parties au Soudan

1.       Forces gouvernementales, y compris les forces armées soudanaises,
les Forces de défense populaires et les forces de police soudanaises (services de renseignements frontaliers et forces centrales de réserve de la police)a
2.       Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE)a
3.       Milices progouvernementalesa
4.       Armée de libération du Soudan/faction Abdul Wahida
5.       Armée de libération du Soudan/faction Minni Minawia
6.       Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N)a

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

a)Parties recrutant et utilisant des enfants.