Provinces frontalières du sud de la Thaïlande

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014.

Malgré l’annonce sans précédent selon laquelle, le 28 février 2013, le Gouvernement thaïlandais et « les personnes ayant des opinions et idéologies différentes de celles de l’État », dont le Front national révolutionnaire (BRN), seraient parvenus à un « consensus général sur les négociations de paix », la violence armée sévit toujours dans les provinces frontalières du sud de la Thaïlande.

L’Organisation des Nations Unies a reçu des informations indiquant que des groupes armés, y compris le BRN, avaient recruté des filles et des garçons de 14 ans à peine et les ont utilisés principalement comme informateurs et sentinelles, afin de suivre les déplacements des forces de sécurité thaïlandaises. La question de l’association informelle d’enfants avec des groupes de défense des villages (Chor Ror Bor) demeure également préoccupante. D’après le Gouvernement, les agents des administrations locales des provinces concernées ont reçu l’ordre de faire connaître à la population les réglementations adoptées par le Gouvernement pour mettre fin à cette association informelle et de veiller à leur mise en œuvre. Le recrutement d’enfants par les forces armées ou les groupes armés n’est pas encore expressément érigé en infraction pénale par la loi. De plus, l’ONU a continué de recevoir des informations préoccupantes concernant la détention administrative d’enfants pour association présumée avec des groupes armés. Selon le Gouvernement, le Code de procédure pénale et la loi de 2010 relative aux tribunaux et aux procédures pour les mineurs et les affaires familiales s’appliquent à ces enfants, afin de protéger leurs droits et de les séparer des groupes armés dans de bonnes conditions, de les réintégrer et de leur apporter une assistance. L’ONU attend avec intérêt de recevoir des renseignements à jour sur l’application de ces engagements.

D’après des sources fiables, au moins 316 attentats auraient été commis à l’aide d’engins explosifs artisanaux dans les provinces de Narathiwat, Pattani, Songkhla et Yala, dont 35 pendant les deux dernières semaines du Ramadan. Rien qu’en avril 2013, 298 incidents ont eu lieu, y compris des attentats à la bombe et des fusillades à partir de véhicules en marche qui auraient fait 45 morts et 79 blessés. Même si, pour l’heure, le nombre exact d’enfants parmi les victimes n’est pas encore connu, l’ONU a été informée que 7 enfants avaient été tués et 37 autres blessés lors de ces incidents. Le 21 mars 2013, un garçon de 9 ans aurait été tué et 14 personnes blessées lors de l’explosion d’une bombe chez un marchand de glaces dans la province de Pattani. Plusieurs enfants auraient également été victimes de tirs d’armes à feu provenant de véhicules en marche, dont un garçon de 2 ans, grièvement blessé lors de la fusillade qui a tué son père le 11 décembre 2013.

Les groupes armés ont continué de prendre pour cible des écoles et des enseignants, même si l’ONU n’a pas pu identifier les auteurs de ces actes. Le Ministère thaïlandais de l’éducation a confirmé l’assassinat d’au moins sept enseignants et de trois membres du personnel éducatif. Le 23 janvier, dans la province de Narathiwat, un enseignant a été exécuté par deux hommes armés dans une cantine scolaire devant des dizaines d’enfants, dont sa propre fille âgée de 7 ans. Au mois d’août, dans la province de Pattani, 12 écoles ont été fermées pendant plusieurs jours après qu’un enseignant a été tué par des tirs ciblés provenant d’un véhicule en marche. Les écoles sont également la cible d’attaques, dont au moins trois lancées à l’aide d’engins explosifs artisanaux dirigés contre les forces de sécurité du Gouvernement assurant la protection des établissements scolaires, ce qui fait courir un risque encore plus grand aux élèves et aux membres du personnel qu’ils cherchent à protéger. Le 10 septembre, lors de l’une de ces attaques dans la province de Yala, deux soldats ont été tués et un garçon de 12 ans a été blessé dans les bâtiments d’une école.

Dans mon précédent rapport annuel, je me félicitais du dialogue sur l’accès aux provinces frontalières du sud entamé entre le Gouvernement et l’équipe de pays des Nations Unies qui devait permettre à cette dernière d’enquêter de manière indépendante sur les violations qui auraient été commises contre les droits de l’enfant, notamment par le biais de modalités opérationnelles minima. Malgré les efforts que l’État ne cessait de déployer pour faciliter les visites prévues dans le cadre des programmes, je déplore que l’équipe de pays ne puisse toujours pas accéder aux zones concernées à des fins de contrôle et de vérification, et j’invite instamment le Gouvernement à coopérer avec elle afin qu’elle puisse y avoir accès en toute indépendance.