Thailand

Information basée sur le rapport 2011 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/66/782-S/2012/261) publié 26 avril 2012.

Bien que l’on ne dispose pas de chiffres exacts à ce sujet, les attentats perpétrés par des groupes armés contre des représentants du Gouvernement, des forces de sécurité et des civils ont fait de nouvelles victimes parmi les enfants dans les quatre provinces frontalières du sud de la Thaïlande : Yala, Pattani, Narathiwat et Songkhla. Le 3 février 2011, par exemple, des assaillants armés auraient ouvert le feu sur un groupe de civils du district de Panare (province de Pattani), tuant cinq personnes et en blessant quatre, dont un garçon de 12 ans. Le 16 septembre 2011, trois bombes ont explosé à 30 minutes d’intervalle dans des lieux publics du district de Sungai Kolok (province de Narathiwat). Selon les informations disponibles, cinq civils ont été tués, dont une fillette de 3 ans, et 115 personnes blessées. Le 1er février 2011, des membres d’une même famille du district de Rueso (province de Yala), dont une fille de 15 ans et un garçon de 7 ans, auraient été exécutés par des assaillants armés.

Pendant la période à l’examen, des groupes armés auraient continué de mener des attaques ciblées contre des établissements scolaires, des enseignants et des élèves, apparemment considérés comme le symbole de l’autorité gouvernementale. La présence de soldats des forces gouvernementales chargés d’assurer la protection dans certains établissements scolaires des provinces frontalières du sud de la Thaïlande est également préoccupante. D’après diverses sources d’information, le 28 septembre 2011, 18 membres d’un groupe armé en uniforme ont attaqué l’école de Ban Lamoh du district de Rueso (province de Narathiwat). Les assaillants ont ouvert le feu sur des soldats qui attendaient des enseignants pour les raccompagner chez eux. Un enfant de 7 ans a été tué lors des échanges de tirs. Par ailleurs, le 19 juillet 2011, trois élèves auraient été blessés lors de l’explosion d’une moto piégée devant un établissement scolaire du district de Bannang Sata (province de Yala).

En outre, au moins 31 enseignants et membres du personnel éducatif employés par le Gouvernement auraient été tués par des groupes armés en 2011 dans les provinces frontalières du sud. Tous ces meurtres ont été commis selon le même mode opérationnel, les assaillants utilisant des engins explosifs improvisés et prenant immédiatement la fuite. Le 15 janvier 2011, un enseignant de Decha Pattayanukul du district de Muang (province de Pattani) aurait ainsi été tué par des coups de feu provenant d’un véhicule en mouvement. Par ailleurs, le 25 juillet 2011, cinq enseignants auraient trouvé la mort dans un attentat à la bombe perpétré à l’entrée de l’école Ban Lamud dans le district de Muang (province de Yala).

D’après les informations reçues, dans les provinces frontalières du sud de la Thaïlande, des groupes armés continuent de chercher à recruter des enfants, qu’ils utilisent ensuite à diverses fonctions, notamment pour recueillir des renseignements, faire diversion et allumer des incendies. L’ONU a également reçu des informations faisant état de la participation d’enfants aux Chor Ror Bor (volontaires membres des groupes de défense des villages). Ces enfants sont chargés d’effectuer des patrouilles dans les villages et d’identifier des suspects et sont affectés à des points de contrôle.

Le Gouvernement thaïlandais a pris des mesures visant à assurer la protection des enfants dans les provinces frontalières du sud. Il a déployé de plus importants efforts en vue de prévenir la participation des enfants aux groupes armés dans le cadre du plan de développement des zones spéciales portant sur les cinq provinces frontalières du sud (2009-2012) et du plan de développement éducatif dans les provinces frontalières pour la période 2010-2012. Il convient également de noter que, le 19 avril 2011, le Gouvernement a modifié les dispositions réglementaires de 2008 sur les Chor Ror Bor afin d’interdire explicitement le recrutement des moins de 18 ans. L’ONU a en outre appris que le Gouvernement établissait actuellement un sous-comité chargé de la protection et du développement des enfants et des jeunes afin de surveiller la situation des enfants dans les provinces frontalières et de prendre les mesures nécessaires à cet égard.

L’équipe de pays des Nations Unies en Thaïlande a toutefois informé ma Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés qu’elle n’était pas en mesure de procéder à la surveillance, à la communication d’informations ou à la vérification de ces allégations. Le Gouvernement thaïlandais a refusé d’accéder à la demande de l’ONU visant à effectuer un suivi indépendant des graves violations des droits des enfants commises dans les provinces frontalières du sud. Il est essentiel que l’équipe de pays des Nations Unies soit autorisée à accéder aux provinces frontalières afin de vérifier de manière indépendante les allégations de violations commises contre des enfants dans la région et d’en rendre compte, ainsi que cela a été demandé. J’encourage vivement le Gouvernement thaïlandais à renforcer la coopération avec l’équipe de pays afin d’autoriser un tel accès.