Yémen

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/68/878–S/2014/339) publié 15 mai 2014.

La période à l’examen a été caractérisée par le début de la Conférence de dialogue national et par le ralentissement des hostilités entre le Gouvernement et Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia. Les conditions de sécuritésont demeurées précaires dans le sud du pays en raison des agissements du mouvement sécessionniste Hirak qui s’oppose au Gouvernement de transition et à la Conférence. En août 2013, après une escalade des tensions entre les Salafistes et le mouvement Houthidans le nord du Yémen, la ville de Dammaj (province de Saada) a été assiégée par le mouvement.

L’ONU a confirmé que 106 enfants avaient été enrôlés, tous des garçons âgés de 6 à 17 ans. Les Salafistes ont recruté 57 garçons pour combattre contre le mouvement Houthi à Dammaj. Ces enfants ont été principalement recrutés au cours de campagnes d’enrôlement menées par le groupe dans les mosquées et sur les marchés des provinces méridionales d’Abyan, Aden, Dhalé, Amran et Lahj. Certains d’entre eux ont reçu une instruction militaire. Si 22 des 57 garçons ont été retirés de ce groupe armé par des parents qui les ont ramenés chez eux, au moins deux ont été tués au combat et deux étaient toujours à Dammaj au moment de l’établissement du présent rapport. Trente-deux garçons ont été vus alors qu’ils gardaient des points de contrôle du mouvement Houthi, portaient des armes à feu et inspectaient des véhicules dans les provinces de Saada et d’Amran. Un garçon de 11 ans a déclaré qu’il avait reçu deux mois d’instruction militaire et idéologique. Les familles des victimes hésitent à signaler les violations commises par le mouvement Houthi par crainte des représailles, ce qui complique le suivi de ces infractions. Enfin, 14 enfants ont été recrutés par Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia dans la province d’Abyan et trois garçons ont été employés par le parti Al-Islah et le Comité populaire, un groupe de résistance local qui s’est allié au Gouvernement pour combattre Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia dans la province d’Abyan. En outre, en 2013, une dizaine d’enfants enrôlés avant la période de référence, dont deux grâce à de faux papiers d’identité, ont continué d’effectuer des fonctions d’appui dans l’armée yéménite.

En 2013, neuf garçons ont été détenus arbitrairement par le Comité populaire pour être associés à Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia. Après que le Gouvernement a repris le contrôle de la province d’Abyan en juin 2012, le Comité populaire a d’office pris en charge les fonctions policières, « arrêtant » et « réinsérant » les éléments soupçonnés de faire partie d’Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia, y compris les enfants.

Au moins 36 enfants ont été tués et 154 mutilés. Ces victimes ont été recensées principalement dans la province de Saada, mais aussi dans 12 autres provinces du Yémen. La plupart des décès et blessures ont été provoqués par des tirs d’armes à feu (17 morts et 63 blessés) et d’obus (10 morts et 56 blessés) au cours d’affrontements entre groupes armés et entre groupes armés et forces gouvernementales. Par exemple, depuis le mois d’août, les affrontements qui ont eu lieu à Dammaj entre le mouvement Houthi et les Salafistes ont fait au moins une vingtaine de victimes chez les enfants. Au moins cinq enfants ont été blessés dans des attaques de type terroriste : plusieurs explosions d’engins improviséset un attentat-suicides. Le mouvement de désobéissance civile lancé par le mouvement sécessionniste Hirak dans le sud du Yémen a fait au moins une vingtaine d’autres victimes chez les enfants et au moins une dizaine d’enfants ont été blessés dans des affrontements entre tribus armées. En 2013, les restes explosifs de guerre ont continué de constituer une menace pour les enfants : au moins 28 ont été tués ou mutilés, y compris dans les provinces d’Abyan, Saada et Aden. Enfin, le 9 juin, un garçon a trouvé la mort dans une attaque de drone à Jaouf.

En 2013, on a recensé 35 attaques ou menaces visant des écoles ou du personnel protégé. Par exemple, le 27 décembre, l’armée yéménite a bombardé une école où se déroulaient des funérailles, faisant plus d’une trentaine de victimes; 2 garçons ont été tués et 10 blessés. Quatre écoles de la province d’Amran ont été attaquées dans le contexte des affrontements entre le mouvement Houthi et les Salafistes, notamment l’école primaire d’Aïcha touchée par des échanges de tirs. Le mouvement sécessionniste Hirak est l’auteur de la plupart des cas enregistrés, notamment des menaces à l’encontre du personnel protégé. Ainsi, des groupes de jeunes appartenant à ce mouvement ont fait irruption dans l’école de Chamsan (province d’Aden). Ils ont détruit le portail et exigé que l’école soit fermée et appuie le mouvement de désobéissance civile. Dans la province de Saada, un engin explosif improvisé à retardement a été trouvé dans une école et détruit en toute sécurité.

L’Organisation a noté que quatre écoles avaient été utilisées à des fins militaires par le mouvement Houthi et les Salafistes, comme casernes notamment, et pendant les affrontements qui ont eu lieu dans les provinces de Saada, Amran et Aden, de sorte que ces écoles sont fermées depuis octobre 2013. Une école de la province d’Amran a été utilisée comme caserne par l’armée yéménite du 19 janvier au 1er mars 2013. Dans cette province, quatre écoles ont été utilisées et détruites par des éléments armés des tribus Al Osimat et Qaflat Outhar.

On a recensé six attaques visant des hôpitaux et du personnel protégé. Quatre hôpitaux ont notamment été détruits au cours d’une attaque multiple perpétrée par Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Charia le 5 décembre à Sanaa, qui a fait 57 morts et 186 blessés. Deux hôpitaux ont été partiellement détruits dans des échanges de tirs entre le mouvement Houthi et les Salafistes. Les forces gouvernementales ont endommagé un hôpital et attaqué des membres du personnel protégé dans le cadre d’une opération visant à disperser des éléments du mouvement sécessionniste Hirak dans les provinces de Dhalé et du Hadramout.

Vingt-deux cas de refus d’accès humanitaire et d’attaques visant le personnel humanitaire ont été confirmés. Ils sont principalement attribuables à des groupes armés inconnus et, pour certains, au mouvement Houthi et aux forces gouvernementales. L’enlèvement de 11 travailleurs humanitaires en sept occasions distinctes distincts est particulièrement préoccupant. Deux fonctionnaires de l’Organisation étaient toujours détenus au moment de l’établissement du présent rapport. En octobre et novembre, le mouvement Houthi a refusé l’accès des organisations humanitaires à Dammaj et à trois camps de déplacés lors d’affrontements avec les Salafistes.

Après la visite de mon Représentant spécial en novembre 2012 et l’engagement pris par le Gouvernement de lutter contre les graves violations dont sont victimes les enfants au Yémen, le dialogue consacré à un plan d’action visant à arrêter et à prévenir l’enrôlement d’enfants par l’armée yéménite s’est poursuivi. Le 1er janvier 2013, le Gouvernement a mis en place un comité interministériel qui a établi et entériné en juillet un projet de plan d’action. Au moment de l’établissement du présent rapport, bien qu’il ait été adopté par le Conseil des ministres le 4 septembre 2013, ce plan d’action n’était pas encore signé, les négociations concernant l’accès et le suivi étant toujours en cours. Parallèlement, l’Organisation a continué de promouvoir des réformes législatives et, dans le contexte de la Conférence de dialogue national, elle a plaidé pour que l’âge minimum de l’enrôlement soit fixé à 18 ans. En octobre, le Gouvernement a lancé un plan d’exécution visant à faciliter l’inscription des naissances à l’état civil afin de remédier à la faille qui permettait jusqu’ici l’enrôlement d’enfants. En outre, l’Organisation a continué de dialoguer avec le mouvement Houthi concernant le projet de plan d’action visant à arrêter et à prévenir l’enrôlement et l’emploi d’enfants.

Parties au Yémen

1.       Mouvement Houthi/Ansar Allaha
2.       Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar Al-Chariaa
3.       Forces gouvernementales, y compris les forces armées yéménites, la première division blindée, la police militaire, les forces de sécurité spéciales et les gardes républicainsa
4.       Milices progouvernementales, y compris les salafistes et les comités populairesa

a) Parties recrutant et utilisant des enfants.