Yémen

Information basée sur le rapport 2012 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/67/845–S/2013/245) publié 15 mai 2013.

La signature de l’accord de transition au Yémen, l’initiative du Conseil de coopération du Golfe et le mécanisme de mise en œuvre en novembre 2011, ainsi que le lancement de la transition politique en février 2012 ont abouti à une diminution du nombre de violations graves commises contre des enfants. Néanmoins, les hostilités entre le Gouvernement et Ansar Al-Charia/Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) et leurs répercussions sur la population civile sont restées préoccupantes et ont donné lieu à de graves atteintes aux droits des enfants.

En 2012, l’ONU a vérifié 53 cas de recrutement et d’utilisation d’enfants âgés de 13 à 17 ans qui lui avaient été signalés. Dans 25 cas, des garçons avaient été recrutés par les forces gouvernementales, notamment les forces armées yéménites, les Gardes républicains, la Première Division blindée nouvellement intégrée, la police militaire et les forces centrales de sécurité . De nombreux enfants recrutés ont été enrôlés par des intermédiaires, tels que des officiers militaires, des membres de leur famille et des cheiks locaux, qui ont facilité leur recrutement en fournissant de faux documents et de faux actes de naissance. Certains enfants ont dit craindre des représailles s’il était révélé qu’ils avaient été enrôlés sur présentation de faux documents. Les enfants recevaient souvent une pension ou une avance mensuelle de l’unité qui les avait recrutés.

L’ONU a continué de rencontrer des difficultés pour surveiller les violations commises par le groupe armé Al-Houthi opérant dans la province de Saada. Les cas de recrutement et d’utilisation d’enfants qui ont été signalés n’ont pu être vérifiés en raison des contraintes en matière de sécurité. Néanmoins, l’Organisation a pu vérifier que le groupe Al-Houthi employait dans la province d’Hajja trois garçons, qui étaient armés, pour assurer le service à des postes de contrôle ou « la garde » dans des centres de santé. Pour ce qui est de l’association d’enfants avec des milices progouvernementales, elle a étayé le cas de trois enfants âgés respectivement de 13, 16 et 17 ans, qui avaient été recrutés et utilisés par le comité de résistance populaire pour assurer le service à des postes de contrôle dans le gouvernorat d’Abyan. Les activités de recrutement et l’utilisation d’enfants par Ansar Al-Charia semblent s’être intensifiées pendant la période considérée. Sur les 19 enfants dont l’association avec le groupe a été vérifiée, 2 ont été tués et 3 autres blessés au combat. On pense que les autres sont toujours avec le groupe.

En 2012, au moins 50 enfants (45 garçons et 5 filles) auraient été tués, et 165 (140 garçons et 25 filles) mutilés. De nombreux enfants ont été victimes de mines terrestres, de munitions non explosées et de restes explosifs de guerre. Si dans la plupart des cas les responsables demeurent inconnus, certains incidents ont été attribués aux forces armées nationales, à Ansar Al-Charia et à AQPA. On a signalé cinq attaques de drones censées viser AQPA et Ansar Al-Charia dans les gouvernorats d’Abyan, de Shabwa et d’Al Bayda, ayant provoqué la mort de deux garçons et mutilé six autres garçons et une fille. Ainsi, un garçon de 16 ans a été tué par un drone censé viser un dirigeant d’AQPA. Quatorze autres enfants ont été tués et 51 garçons et 10 filles mutilés par des mines terrestres ou des munitions non explosées pendant la période considérée. Des attentats à l’aide d’engins explosifs improvisés ont causé la mort de 11 garçons et en ont mutilé 16 autres ainsi qu’une fille. Deux enfants ont été tués en commettant une attaque-suicide.

Un sujet de préoccupation qui a fait son apparition à propos d’Ansar Al-Charia concerne les sévices sexuels commis contre des garçons associés avec le groupe. L’Organisation des Nations Unies a fourni des preuves à l’appui des sévices que le groupe avait fait subir à trois garçons qu’il avait recrutés. Elle a par ailleurs vérifié sept cas de mariage forcé, dans le gouvernorat d’Abyan, de filles âgées de 13 à 17 ans avec des membres d’Ansar Al-Charia. Dans deux de ces cas, les frères d’une fille de 15 ans et d’une autre de 17 ans ont offert leur sœur « en cadeau » aux dirigeants d’Ansar Al-Charia pour obtenir en échange l’autorisation de rejoindre le groupe. Il est probable que le nombre de mariages forcés signalés est sous-estimé en raison de la stigmatisation qui s’y attache et de la crainte de représailles.

Au cours de la période considérée, l’Organisation des Nations Unies a reçu des informations concernant 165 attaques contre des écoles, dont la plupart se sont produites dans les gouvernorats de Sanaa et d’Abyan. La responsabilité en a été attribuée à Ansar Al-Charia, à la Première Division blindée et à Al-Houthi. Dans 61 cas, les enseignants et les élèves ont été menacés ou intimidés. Dans 57 autres cas, des écoles ont été endommagées par des pilonnages, des bombardements aériens et des engins explosifs improvisés. Ces attaques ont principalement eu lieu lors d’affrontements entre les Gardes républicains et des groupes tribaux armés, ou entre les forces gouvernementales et Ansar Al-Charia. Les sympathisants de ce dernier groupe ont également endommagé des écoles et détruit des manuels scolaires pour empêcher la réouverture des établissements. En outre, un centre d’accueil pour les enfants soutenu par l’ONU et fournissant une assistance psychosociale aux enfants de Sanaa a été pillé par la Première Division blindée. Dans 36 autres cas, des écoles ont été utilisées à des fins militaires pour le stockage d’armes, ce qui a parfois abouti à leur fermeture.

À Hajja et Aden, 11 attaques d’hôpitaux ont été signalées. Dans la première ville, des éléments d’Al-Houthi ont intimidé le personnel sanitaire à neuf reprises et utilisé des installations médicales à des fins militaires à huit reprises, provoquant la fermeture de centres de santé au détriment de 5 000 enfants. Dans la seconde, les forces centrales de sécurité portent la responsabilité de deux incidents lors desquels elles ont pénétré de force dans des hôpitaux à la recherche de personnes qui y étaient soignées, et causé des dégâts aux installations médicales.

Trente-trois cas de refus d’acheminement de l’aide humanitaire à des enfants ont été signalés à l’ONU. Ce chiffre comprend 16 cas de détournement de véhicules appartenant aux Nations Unies ou à des organisations non gouvernementales, l’enlèvement de 16 membres du personnel humanitaire, 5 cas de menace ou d’arrestation à l’encontre du personnel humanitaire, des agressions physiques contre des agents de l’aide humanitaire et des attaques contre leur cantonnement.

Des progrès tangibles ont été accomplis dans le dialogue entre les parties concernées sur l’élaboration et la mise en œuvre des plans d’action visant à faire cesser et à prévenir les exactions commises contre des enfants. Le 18 avril 2012, le Ministre de l’intérieur a adressé une lettre à la police et aux autres autorités compétentes ordonnant l’application intégrale de la loi no 15 de la Commission de la police (2000), qui fixe à 18 ans l’âge légal de recrutement et exige la libération de tous les enfants présents dans les rangs des forces gouvernementales de sécurité. Lors d’une visite officielle au Yémen en novembre 2012, ma Représentante spéciale a rencontré le Président et des hauts fonctionnaires, en plus des dirigeants d’Al-Houthi et de la Première Division blindée. Pendant sa visite, le Gouvernement s’est engagé à mettre au point un plan d’action pour mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants. Les dirigeants d’Al-Houthi ont par ailleurs accepté de nouer le dialogue avec l’Organisation des Nations Unies sur cette question. En outre, le Président a publié un décret interdisant le recrutement de mineurs et a aussitôt après mis en place un comité interministériel pour assurer la liaison nécessaire à l’élaboration du plan d’action.

Parties au Yémen

  1. Al-Houthi (a)
  2. Ansar Al-Shari’a (a)
  3. Forces gouvernementales, y compris les forces armées yéménites, la première division blindée, la police militaire, les forces de sécurité spéciales, les gardes républicains et les milices progouvernementales (a)
* Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes. (a) Parties recrutant et utilisant des enfants.