Afghanistan

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

Le Gouvernement afghan a été en butte à des problèmes de sécurité permanents pendant la période considérée, notamment après l’élection présidentielle. Dans mon précédent rapport annuel, j’ai appelé l’attention sur la forte recrudescence de meurtres et d’atteintes à l’intégrité physique d’enfants en Afghanistan. En 2014, 2 502 victimes ont été recensées, ce qui représente une augmentation de 48 %.

L’ONU a réuni des informations sur le recrutement et l’utilisation de 68 enfants (65 garçons et 3 filles), parmi lesquels elle a recensé 22 garçons enrôlés et utilisés pour deux d’entre eux respectivement par la Police nationale afghane et la police locale afghane et pour les 20 autres par les Taliban et d’autres groupes armés. Le nombre d’enfants recrutés et utilisés en Afghanistan a donc diminué par rapport à 2013, année où 97 cas avaient été recensés. Cependant, le pourcentage de cas signalés étant très faible, ces chiffres ne rendent pas compte précisément de la situation. Il est inquiétant de constater que les Taliban ont continué d’enrôler des enfants pour commettre des attentats-suicides ou poser des engins explosifs improvisés et ont utilisé des enfants comme combattants ou comme espions. Le 9 février, par exemple, le porteur d’une bombe, âgé de 14 ans, s’est fait exploser près d’un poste de contrôle des Forces nationales de sécurité afghanes, dans le district de Sharan, blessant six civils et cinq agents de la Police nationale. Les Taliban ont revendiqué l’attentat.

Les groupes pilotes de la protection de l’enfance intégrés à la Police nationale dans les quatre provinces auraient empêché l’enrôlement de 156 enfants, ce qui montre qu’il pourrait être très bénéfique de constituer d’autres groupes de ce type dans tout le pays. En outre, la Police nationale a signalé 55 cas de rejet de la candidature de postulants mineurs.

En décembre, selon le Ministère de la justice, 258 garçons accusés d’atteintes à la sécurité nationale, et notamment d’association à des groupes armés, étaient détenus dans des centres de réinsertion pour mineurs dans l’ensemble du pays. Sur les 105 enfants détenus avec lesquels les représentants de l’ONU ont eu des entretiens entre février 2013 et décembre 2014, 44 ont déclaré avoir été maltraités ou torturés.

Le nombre de victimes parmi les enfants a augmenté, puisque l’on a recensé au moins 710 enfants tués et 1 792 blessés au cours de 1 091 incidents distincts. Sur ce nombre, 1 343 enfants (392 tués et 951 blessés) ont été victimes de groupes armés, notamment les Taliban et le groupe Hizb-e-Islami, 396 (126 tués et 270 blessés) ont été victimes des Forces nationales de sécurité afghanes et 38 (24 tués et 14 blessés) des forces militaires internationales. Les tirs d’artillerie effectués à partir du Pakistan ont fait 57 victimes parmi les enfants (5 tués et 52 blessés). En outre, 668 enfants ont été victimes d’incidents (163 tués et 505 blessés), notamment lors de tirs croisés, dont la responsabilité n’a pas pu être déterminée par l’ONU.

Les combats au sol ont fait le plus de victimes parmi les enfants, en tuant 311 et en blessant 920, soit près de deux fois plus qu’en 2013. Les attentats à l’engin explosif improvisé commis par des groupes armés ont fait 664 victimes parmi les enfants et les attentats-suicides en ont fait 214, soit 80 % de plus que l’année précédente. Les restes explosifs de guerre ont tué ou gravement blessé 328 enfants. Les frappes aériennes des forces militaires internationales ont fait 38 victimes parmi les enfants, dont huit victimes de frappes de drones.

Huit garçons et six filles auraient été victimes de violences sexuelles au cours de neuf incidents, dont cinq, qui ont concerné quatre filles et deux garçons, ont été confirmés. Quatre incidents confirmés ont été imputés à la police locale et un incident au commandant d’une milice progouvernementale. En ce qui concerne l’application du principe de responsabilité, il est rassurant de constater qu’un membre de la police locale dans la province de Laghman a été condamné en mars à 10 ans de prison pour agression sexuelle et tentative de viol d’un garçon de 7 ans.

Des écoles ont été la cible d’attaques lors de 163 incidents vérifiés, dont 29 attaques ou menaces d’attaques contre le personnel protégé et 28 incidents liés à la pose d’engins explosifs improvisés à l’intérieur des établissements. Plusieurs attaques ont été liées à l’utilisation des écoles comme bureaux de vote. Au total, 94 incidents ont été imputés aux Taliban et autres groupes armés, 1 aux forces internationales et les responsables de 68 incidents n’ont pas pu être identifiés. Les Taliban ont cherché en particulier à faire obstacle à l’éducation des filles, notamment en distribuant des tracts contenant de graves menaces contre les étudiantes, en intimidant les enseignantes, en s’en prenant au personnel scolaire pour avoir ignoré l’ordre qui lui avait été donné de fermer les écoles et en agressant les étudiantes sur le chemin de l’école. Au moins 469 écoles afghanes sont restées fermées pour cause d’insécurité.

Au moins 10 agents sanitaires ont été tués et 14 enlevés. Les établissements de santé ont continué de faire l’objet d’attaques directes ou de subir des dommages indirects. Au total, 38 incidents vérifiés ont été imputés à des groupes armés, dont 13 aux Taliban et 4 aux Forces nationales de sécurité afghanes, y compris des A/69/926 S/2015/409 8/58 15-06098 effractions dans des centres de santé sous prétexte d’y rechercher des éléments de groupes armés.

L’ONU a confirmé 11 cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires par les Taliban (3), l’armée nationale afghane (3), la police locale (3), la Police nationale (1) et d’autres unités des Forces nationales de sécurité afghanes (1), ainsi que 3 cas d’utilisation d’hôpitaux à des fins militaires par la Police nationale et les Taliban.

Trente-quatre garçons et deux filles ont été enlevés lors de 17 incidents distincts, au cours desquels quatre garçons au moins ont été tués par les Taliban, deux filles ont été violées par des membres de la police locale et un garçon a été violé par des membres d’une milice progouvernementale. En tout, les Taliban ont enlevé 15 garçons, les accusant d’être des espions du Gouvernement.

Sur 83 incidents signalés concernant l’accès humanitaire aux enfants, l’ONU en a confirmé 72. Il y a eu 125 enlèvements de personnel humanitaire, dont 41 membres ont été tués ou blessés, et 9 attaques de convois humanitaires, y compris 2 convois de l’ONU. Des groupes armés, notamment les Taliban, ont été responsables de 85 % de l’ensemble des incidents confirmés, y compris les actes d’intimidation d’agents humanitaires.

Il convient de se féliciter du fait qu’en juillet, le Gouvernement a approuvé officiellement une feuille de route pour la mise en œuvre du plan d’action visant à faire cesser et à prévenir l’enrôlement d’enfants dans ses forces de sécurité. D’importants progrès ont été accomplis en ce qui concerne trois mesures prioritaires sur cinq, en particulier l’adoption d’un décret présidentiel érigeant en infraction le recrutement d’enfants par les forces de sécurité gouvernementales, qui est entré en vigueur le 2 février 2015. En outre, le Ministère de l’intérieur a publié et diffusé une directive interdisant l’utilisation d’enfants aux postes de contrôle de la Police nationale et de la police locale, y compris comme auxiliaires, et indiquant que les contrevenants seraient sanctionnés. Par ailleurs, les efforts se sont poursuivis pour renforcer les procédures d’évaluation de l’âge et diffuser des directives aux unités de recrutement.

En dépit des progrès accomplis, il est indispensable que tous les intéressés fassent de gros efforts pour mettre pleinement en œuvre le plan d’action. Le fait qu’aucun service ne soit offert aux enfants dont la candidature a été rejetée ou qui ont été retirés du service actif reste très préoccupant. En outre, je demande instamment au Gouvernement afghan de prendre des mesures afin de mettre un terme à l’impunité dont bénéficient très fréquemment les auteurs de violations des droits des enfants, en particulier au sein de la Police nationale et de la police locale, et d’ouvrir des enquêtes sur les allégations de torture. Je condamne les violations graves commises contre des enfants par les groupes armés, notamment les Taliban, le réseau Haqqani et le groupe Hizb-e-Islami, et demande instamment à ces groupes de mettre immédiatement fin à toutes les violations graves dont les enfants sont victimes.

Parties en Afghanistan

1.       Police nationale afghane, y compris la police locale afghane, a *
2.       Réseau Haqqania, a,b
3.       Hezb-e-Islami, dirigé par Gulbuddin Hekmatyara,.a,b
4.       Taliban, y compris le Front Tora Bora, le groupe Jamat Sunat al-Dawa Salafia et le réseau Latif Mansura, a,b, d

a Parties recrutant et utilisant des enfants.
b Parties tuant et mutilant des enfants.
c Parties violant ou commettant d’autres formes de violences sexuelles à l’encontre des enfants.
d Parties attaquant des écoles ou des hôpitaux.

* Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.
* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.