Mali

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

Compte tenu des violations répétées de l’accord de cessez-le-feu signé par les autorités maliennes et les deux coalitions de groupes armés, la Coordination et la Plateforme, les conditions de sécurité se sont beaucoup détériorées dans le nord du pays, en particulier depuis la reprise des hostilités à Kidal en mai. Dans ce contexte, il est resté difficile de surveiller la situation et de vérifier les informations faisant état de violations contre des enfants. Par conséquent, on pense que le nombre de cas signalés est inférieur à la réalité.

L’ONU a vérifié les informations faisant état du recrutement et de l’utilisation de 84 enfants dans les rangs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA)-Sidati, du MAA-Ould Sidi Mohamed et du Groupe d’autodéfense Touaregs Imghad et alliés (GATIA) dans les régions de Kidal, Tombouctou, Gao et Mopti. D’autres informations ont été reçues qui indiquent que des centaines d’enfants sont actuellement associés à des groupes armés et participent aux hostilités, mais il n’a pas été possible de les vérifier.

En application du protocole du 1er juillet 2013 sur la libération et la réintégration des enfants associés aux forces et groupes armés, qua tre enfants détenus pour atteinte à la sécurité ont été libérés. Cependant, neuf sont encore détenus à Bamako pour association présumée avec des groupes armés, certains depuis pas moins de deux ans. En juin, le Ministère de la justice a nommé un coordonnateur pour collaborer avec l’ONU sur la question.

Les informations indiquant que 9 enfants ont été tués et 23 autres blessés ont été vérifiées. Tous les enfants, sauf un, ont été tués par des restes explosifs de guerre, qui sont également responsables des blessures subies par 21 autres dans les régions de Mopti, Gao et Kidal. L’utilisation généralisée de restes explosifs de guerre est très préoccupante, les groupes armés en ayant laissé beaucoup derrière eux qui ont contaminé des zones entières, surtout autour de Gao.

Trente-huit viols et autres violences sexuelles contre des filles ont été commis par des membres du MNLA (6), des Forces de défense et de sécurité maliennes (4) et des éléments armés non identifiés (28) dans les régions de Gao et Tombouctou. La crainte de représailles, l’absence de services médicaux et de capacités judiciaires dans certaines régions et la préférence pour le règlement des affaires en dehors de toute procédure font qu’il est resté difficile de rendre compte des violences sexuelles.

L’ONU a vérifié les informations indiquant qu’une école de la région de Gao avait été attaquée en mai. Vingt écoles ont été utilisées à des fins militaires, essentiellement par le MNLA, des troupes mixtes du MNLA, du HCUA, du MAA-Coordination et de la Coalition du peuple de l’Azawad. Près de 60 % de ces écoles se trouvent dans la région de Gao et les autres, dans celles de Kidal, Tombouctou et Mopti. Dans la région de Kidal, presque toutes les écoles sont encore fermées. Des soldats de la paix de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali ont utilisé trois écoles dans la ville de Gao, dans le cercle d’Ansongo et à Tabankort. En décembre, l’établissement de formation professionnelle de Gao a été évacué et l’ONU est en train de le remettre en état. Il a été établi que, depuis le mois de mars, le MNLA utilise un centre de santé à Ménaka, dans la région de Gao.

Des informations ont été communiquées qui font état de l’enlèvement de filles âgées de 12 à 16 ans par des individus non identifiés, essentiellement à l’occasion d’affrontements opposant les Peul aux Dogon.

Vingt-quatre cas de refus d’accès humanitaire perturbant gravement l’acheminement de l’aide ont été recensés, mais les auteurs des faits n’ont pas pu être identifiés.

Malgré les progrès initialement réalisés pour remédier à l’impunité des violations commises contre les enfants, le lent rétablissement de l’autorité de l’État, notamment celui d’un système judiciaire opérationnel dans le nord du Mali, est resté très préoccupant. De plus, au titre des mesures de confiance instaurées dans le cadre des négociations de paix, au moins deux auteurs présumés de violences sexuelles ont été libérés sans qu’aucune accusation ne soit retenue contre eux.

L’ONU a engagé le dialogue avec des groupes armés, parmi lesquels le MAA-Ould Sidi Mohamed et le GATIA à Tabankort, le MNLA et le HCUA à Kidal, les dirigeants de la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance II à Tombouctou, et les troupes conjointes du MNLA et du MAA-Sidati à Ber. Le dialogue avec ces dernières a débouché sur la signature d’instructions locales interdisant les six violations graves des droits de l’enfant. En septembre, à l’occasion d’un contrôle des troupes mixtes du MAA-Sidati et du MNLA stationnées à Ber, l’ONU a constaté la présence de cinq enfants âgés de 15 à 17 ans et de deux jeunes adultes qui avaient été recrutés dans leur enfance. Dans le droit fil des activités de plaidoyer menées par ma Représentante spéciale, je demande à toutes les parties au processus de paix intermalien d’intégrer, dans l’accord de paix et à l’occasion de sa mise en œuvre, des dispositions visant à mettre fin aux violations contre les enfants et à les prévenir.

Parties au Mali

1.       Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA)a, c
2.       Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO)a, c
3.       Ansar Dinea, c

a              Parties recrutant et utilisant des enfants.
c              Parties violant ou commettant d’autres formes de violences sexuelles à l’encontre des enfants.