Pakistan

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

Le Pakistan a continué de faire face à de graves difficultés concernant sa sécurité, menacée surtout par des groupes armés et extrémistes qui s’en sont pris en particulier aux écoles. Des centaines de civils ont été tués ou blessés dans des dizaines d’attentats. Le Gouvernement a donc lancé, en juin, une offensive d’envergure dans le Nord-Waziristan pour réduire la capacité des groupes armés de frapper à l’intérieur du pays. Lors de l’une des attaques les plus terrifiantes de la période considérée dans le rapport, le 16 décembre, neuf terroristes ont pris d’assaut l’école secondaire APS (Army Public School) de Peshawar, tirant sans distinction sur les élèves et le personnel et faisant usage d’engins explosifs artisanaux et de grenades à main pour faire un maximum de victimes. Au moins 132 garçons, dont les plus jeunes avaient 8 ans, et plusieurs enseignants et membres du personnel ont été tués. Au moins 133 personnes ont été blessées, dont une grande majorité d’enfants. Le mouvement Tehrik-e-Taliban Pakistan a revendiqué l’attaque, déclarant qu’il avait agi pour se venger de l’offensive en cours au Nord-Waziristan.

Bien que le nombre exact de victimes parmi les enfants n’ait pas toujours été connu, les violences confessionnelles et des centaines d’attentats aveugles, notamment perpétrés au moyen d’engins explosifs artisanaux ou sous forme d’attentats-suicides, ont continué de frapper des enfants dans plusieurs régions, les plus touchées étant les provinces du Baloutchistan et du Khyber Pakhtunkhwa. En février, par exemple, un attentat-suicide à la bombe perpétré au milieu de la foule, dans la zone de Koocha Risaldar, près du bazar de Qissa Khawani, aurait fait 10 morts, dont une majorité de femmes et d’enfants, et 48 blessés..

Les groupes armés ont continué leurs attaques régulières contre des institutions scolaires. Au moins 40 écoles laïques auraient été visées, principalement dans le Khyber Pakhtunkhwa, les zones tribales sous administration fédérale et le Baloutchistan. En janvier, par exemple, un kamikaze se serait fait exploser devant la porte d’une école de Hangu, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, tuant un garçon de 14 ans qui tentait de l’empêcher d’entrer dans l’école. En février, l’explosion d’un engin artisanal devant l’entrée d’une école de Karak, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, aurait blessé 13 enfants et le directeur de l’école. À la suite de l’attentat du 16 décembre perpétré contre l’école secondaire APS de Peshawar, tous les établissements scolaires du Pakistan ont été fermés pendant trois à quatre semaines, perturbant ainsi l’année scolaire.

Les attentats contre les personnes engagées dans la lutte contre la poliomyélite commis par des éléments armés affiliés au Tehrik-e-Taliban Pakistan ou à d’autres groupes ont continué sans relâche en 2014, entraînant la mort d’au moins neuf de ces travailleurs et de plusieurs policiers et membres des services de sécurité assurant leur protection pendant les campagnes de vaccination. Ainsi, en janvier, trois personnes auraient été tuées et deux autres blessées par quatre éléments armés à Karachi. Le 26 novembre, dans le Baloutchistan, quatre membres de l’équipe de vaccination, dont trois femmes, auraient été abattus et trois autres blessés par deux terroristes circulant à moto. Le 9 décembre, à Faisalabad, dans le Pendjab, un maître d’école qui participait bénévolement à une campagne de vaccination aurait été abattu par des éléments armés circulant à moto. Le groupe Jundullah, une faction dissidente des Taliban, a revendiqué l’attentat.

Les échanges entre l’ONU et les autorités pakistanaises sur la question de la protection de l’enfance se sont poursuivis tout au long de l’année 2014. Ainsi, avec le soutien des Nations Unies, le Gouvernement du Gilgit-Baltistan a consenti qu’une dotation budgétaire relativement conséquente soit affectée à la création de services de protection de l’enfance. Un point demeure inquiétant : ce sont les informations selon lesquelles des enfants seraient détenus en raison de leur association présumée à des groupes armés ou pour atteinte à la sécurité nationale. En janvier 2015, le parlement pakistanais a adopté un amendement constitutionnel prévoyant la création, pour une durée de 24 mois, de tribunaux militaires compétents pour juger des civils accusés d’actes de terrorisme. Toutefois, les tribunaux militaires sont inappropriés pour connaître d’affaires impliquant des enfants, car ils ne reconnaissent pas totalement le statut particulier des mineurs ayant des difficultés avec la justice. Je demande instamment au Gouvernement de veiller à ce que tout enfant arrêté pour association présumée avec un groupe armé ou pour atteinte à la sécurité nationale soit d’abord considéré comme une victime. En toutes circonstances, les enfants ont le droit de bénéficier du statut particulier de mineur ayant des difficultés avec la justice, comme le requièrent les règles du droit international des droits de l’homme.