Philippines

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

En mars, le Gouvernement et le Front de libération islamique Moro (MILF) ont signé un accord global sur le Bangsamoro qui prévoit un plan transitoire de normalisation en vue du démantèlement, à terme, des Forces armées islamiques bangsamoro du MILF. Le Gouvernement a également continué de mettre en œuvre le système de suivi, d’établissement de rapports et d’intervention en vue d’institutionnaliser les mesures de lutte contre les violations des droits des enfants. Dans l’intervalle, l’apparition de factions armées dissidentes et des foyers de tensions localisés impliquant des éléments armés ont continué de faire des victimes parmi les enfants. En mars 2015, d’intenses combats se poursuivaient entre le Gouvernement et les forces des Combattants islamiques pour la liberté des Bangsamoro (BIFF) et du Groupe Abu Sayyaf.

Tout en notant que le problème du recrutement d’enfants devait très probablement être sous-évalué, dans la mesure où les collectivités hésitaient, par peur des représailles, à le dénoncer, l’ONU a confirmé que sept garçons, âgés, pour certains, de 9 ans à peine, avaient été recrutés et utilisés par la Nouvelle armée populaire (NPA) et le Groupe Abu Sayyaf – chiffre en baisse par rapport aux 20 cas avérés en 2013. Ainsi, parmi les cinq garçons recrutés et utilisés par le Groupe Abu Sayyaf se trouvait un garçon de 9 ans qui avait été employé comme porteur d ’armes pendant quelque 18 mois. Lorsqu’il avait pris la fuite, il avait été abattu, le Groupe ayant averti la famille du garçon que celui-ci serait tué s’il cherchait à s’enfuir. Les parents de deux garçons de 15 et 16 ans ont signalé que leurs fils avaient été recrutés par la NPA. La police municipale a ouvert une enquête à ce sujet et le recruteur, en fuite, fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Des populations locales ont continué de relever que des groupes armés, dont la NPA et, aux dires de certains, le Groupe Abu Sayyaf, avaient démarché des civils, y compris des enfants, à des fins de recrutement, en leur offrant un abri, de la nourriture ou une instruction ou en leur proposant d’aider leur collectivité. Face à cette situation, les parents auraient envoyé leurs enfants dans des centres urbains pour les protéger.

Le 3 juillet, un garçon de 14 ans et son père ont été arrêtés par des membres des Forces armées des Philippines à Maguindanao, pour affiliation présumée de ce dernier aux BIFF. On ignorait, fin 2014, où se trouvaient le père et l’enfant, malgré une enquête diligentée par la Commission des droits de l’homme de la Région autonome musulmane du Mindanao.

L’ONU a confirmé que 13 enfants avaient été tués et 26 autres blessés dans 22 attentats. Ainsi, le 28 juillet, sept enfants ont été tués et six autres – de 3 ans à peine pour certains – ont été blessés lorsque leur véhicule a été pris dans une embuscade tendue par le Groupe Abu Sayyaf. Dans 10 autres cas, il s’agissait d’opérations menées par les forces armées contre les BIFF ou d’actes de représailles. Par ailleurs, un garçon a été tué et quatre enfants – 2 filles et 2 garçons – ont été blessés dans des affrontements armés qui ont éclaté dans la Région autonome musulmane du Mindanao à la suite de conflits impliquant des chefs militaires du MILF ou du Front de libération nationale Moro.

Dans cinq cas, des affrontements entre les forces armées et les BIFF, de même qu’entre la police nationale et la NPA, ont endommagé des écoles, ce qui a entraîné la suspension des cours. Le 2 janvier, les BIFF se sont emparés d’une école primaire, située dans le nord du Cotabato, afin de s’en servir dans des opérations menées contre les forces armées, puis ils ont incendié l’établissement avant de se retirer. Par ailleurs, des enseignants ont encore reçu des menaces de la part du Groupe Abu Sayyaf. En outre, l’ONU a pu confirmer que six écoles et un hôpital avaient été utilisés à des fins militaires par les forces armées, principalement lors d’opérations menées contre les BIFF.

En juin, les dirigeants du MILF ont reconduit dans ses fonctions un groupe chargé de coopérer avec l’ONU en vue de l’élaboration d’une feuille de route destinée à accélérer la mise en œuvre du plan d’action visant à faire cesser et à prévenir le recrutement et l’emploi d’enfants. Ils ont également pris des mesures importantes, notamment en désignant des coordonnateurs dans toutes ses unités, au front comme à la base, en ordonnant l’interdiction du recrutement et de l’emploi d’enfants sous peine de sanctions, en préconisant des orientations sur le rôle et les attributions des membres des Forces armées islamiques bangsamoro dans la mise en œuvre du plan d’action, et en présentant à l’ONU, tous les deux mois, un rapport sur l’état d’avancement de leurs travaux. Le MILF a également garanti une transparence totale des activités menées pour mettre en œuvre le plan d’action, y compris des opérations de vérification.

En partenariat avec l’Agence de développement de Bangsamoro, l’ONU a mis sur pied, à Mindanao, 16 réseaux locaux de protection de l’enfance dans des collectivités touchées par les conflits, pour aider celles-ci à mieux prévenir et combattre toutes les formes de violations des droits des enfants.

Conformément aux recommandations que j’avais faites pour que les enfants touchés par le conflit armé aux Philippines soient mieux protégés (S/2013/419), les forces armées ont continué à élaborer, par le truchement de leur bureau de protection des droits de l’homme, un cadre stratégique destiné à protéger les enfants pris dans des opérations militaires. Certaines des mesures préconisées ont déjà été mises en œuvre, notamment l’élaboration de directives sur la conduite des opérations à l’intérieur ou à proximité des établissements scolaires et hospitaliers.

Je salue les progrès accomplis par le MILF et l’exhorte à recenser tous les enfants associés aux Forces armées islamiques bangsamoro et à les en libérer, conformément au plan d’action. J’encourage le Gouvernement philippin et le MILF à continuer d’œuvrer sans relâche au succès du processus de paix, que l’ONU est prête à appuyer.

Parties aux Philippines 

1.       Groupe Abu Sayyaf (ASG)a
2.       Combattants islamiques pour la liberté des Bangsamoro (BIFF)a
3.       Front de libération islamique Moro (MILF)a,*
4.        Nouvelle armée populaire (NPA)a

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.

a) Parties recrutant et utilisant des enfants.