République Centrafricaine

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

La situation des enfants en République centrafricaine s’est aggravée, les combats entre groupes armés, notamment les anti-Balaka et l’ex-Séléka, s’étant poursuivis, de même que les attaques contre des civils. Conformément à son mandat, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a aidé à organiser des consultations afin de relancer le processus de réconciliation sans exclusive et le dialogue politique, ce qui a débouché sur la signature en juillet à Brazzaville d’un accord de cessation des hostilités, assorti d’un engagement de mettre fin aux violations commises contre les enfants.

L’ONU a confirmé 464 cas de premier recrutement, dont 446 par les antiBalaka (86 filles et 360 garçons) et 18 par l’ex-Séléka (18 garçons). Cependant, on pense que le nombre de violations est largement sous-estimé en raison des difficultés d’accès et de vérification sur place.

La période a été marquée par une forte augmentation du nombre de cas avérés de meurtre ou d’atteintes à l’intégrité physique d’enfants, dont des nourrissons de 3 mois à peine, 146 enfants ayant été tués (109 garçons et 37 filles) et 289 blessés (182 garçons et 107 filles). Un total de 58 meurtres ont été attribués à l’ex-Séléka, 49 aux anti-Balaka et 20 à des hommes armés non identifiés. Des enfants ont été pris dans des tirs croisés, d’autres massacrés à coups de machette, d’autres encore tués ou blessés par balle. En janvier, par exemple, quatre garçons âgés de 9 à 10 ans ont été décapités par les ex-Séléka en représailles à une attaque contre des membres de la communauté musulmane à Bangui. Entre janvier et février, 22 enfants, dont 9 filles, ont été tués au cours d’attaques menées par les anti-Balaka contre des exSéléka et des communautés musulmanes. En août, des jeunes musulmans associés à l’ex-Séléka ont lancé une attaque contre la cathédrale Saint-Joseph à Bambari, tuant 20 enfants et en blessant 4.

Le viol et d’autres formes de violence sexuelle contre des enfants continuent de susciter une grave préoccupation. Dans l’ensemble du pays, 405 filles et 1 garçon, âgés de 7 à 17 ans, ont été victimes de viols, dont 205 par des ex-Séléka, 187 par des anti-Balaka, 12 par des personnes non identifiées et 2 par des membres de la Police nationale. Le nombre de cas d’agression sexuelle reste largement sousestimé. Il est aussi préoccupant de constater que lorsque des cas leur ont été signalés, ni les chefs des anti-Balaka ni ceux de l’ex-Séléka n’ont pris de mesures contre les auteurs présumés de viols d’enfants.

L’Organisation des Nations Unies a interrogé plusieurs jeunes garçons suite aux allégations d’actes répétés de violence sexuelle commis par des éléments de l’ « opération Sangaris » à l’intérieur et autour du camp de déplacés de M’Poko (Bangui), entre décembre 2013 et mai 2014. Leurs autorités nationales ont ouvert une enquête qui est en cours. L’Organisation des Nations Unies et les partenaires locaux fournissent l’assistance nécessaire aux victimes. Il est de la plus haute importance que les auteurs de tels actes soient traduits en justice.

À la fois des anti-Balaka et des ex-Séléka ont pillé des établissements scolaires et des hôpitaux et menacé le personnel de santé, les étudiants et les enseignants. L’ONU a constaté neuf attaques contre des écoles, dont quatre imputées aux antiBalaka et quatre à l’ex-Séléka.

Cinq autres écoles ont été utilisées temporairement par la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine et l’opération Sangaris, puis évacuées. L’ONU a confirmé neuf attaques contre des hôpitaux. En outre, un grand nombre d’établissements scolaires et d’hôpitaux qui avaient été pillés, détruits ou endommagés en 2013 sont restés fermés. Trente-quatre enlèvements d’enfants (22 garçons et 12 filles), dont certains âgés de 3 ans à peine, ont été confirmés, soit moins qu’en 2013, la principale raison étant que la LRA a lancé moins d’attaques en République centrafricaine. Seize enlèvements ont été imputés aux anti-Balaka, huit à la LRA et deux à l’ex-Séléka. Dans certains cas, les enfants ont été expressément visés en vue d’obtenir une rançon ou en représailles contre des communautés.

Au total, 80 cas de refus d’accès humanitaire ont été recensés à Bangui et dans l’est du pays, dont 42 attribués aux anti-Balaka, 18 à l’ex-Séléka et 20 à des hommes armés non identifiés. Ces incidents ont consisté notamment en des tirs et des jets de pierres contre des véhicules, des actes de piraterie routière, des agressions de membres du personnel à leur domicile et des pillages de bureaux.

L’ONU a pris contact avec les chefs des anti-Balaka et de l’ex-Séléka afin d’identifier et de libérer les enfants associés à ces groupes. Ces efforts ont permis de démobiliser 2 807 enfants (2 161 garçons et 646 filles) âgés de 8 à 17 ans, dont 2 347 ont quitté les rangs des anti-Balaka et 446 ceux de l’ex-Séléka.

Un dialogue a aussi été engagé avec les chaînes de commandement de deux factions de l’ex-Séléka : le Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique (RPRC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), à l’issue duquel les chefs militaires des deux factions ont émis des instructions visant à mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants. Comme suite à cette mesure, l’UNICEF a dispensé une formation à plus de 400 combattants et officiers des deux factions. En outre, des ateliers de sensibilisation ont été organisés à l’intention des anti-Balaka à Bangui et dans d’autres localités du sud-est du pays.

L’effondrement du système judiciaire et des autres fonctions essentielles de l’État s’est traduit par une impunité généralisée permettant que de graves violations soient commises à grande échelle contre des enfants. Pour remédier à cette situation, le Conseil de sécurité, dans sa résolution 2149 (2014), a chargé la MINUSCA d’aider les autorités de transition à arrêter et traduire en justice les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le Ministère de la justice et la MINUSCA ont signé un mémorandum d’accord afin d’arrêter des mesures temporaires d’urgence visant à rétablir l’ordre public et à lutter contre l’impunité. Dans ce contexte, deux membres des milices anti-Balaka accusés d’avoir violé une jeune fille de 14 ans en novembre à Bangui ont été arrêtés par la police de la MINUSCA et remis à la gendarmerie nationale pour enquête. En avril 2015, ces deux personnes étaient en détention préventive.

Parties en République centrafricaine

1.       Coalition ex-Séléka et groupes armés associésa, b, c, d

2.       Milices d’autodéfense locales connues sous le nom d’anti-Balakaa, b, c

a.Parties recrutant et utilisant des enfants.
b.Parties tuant et mutilant des enfants.
c.Parties violant ou commettant d’autres formes de violences sexuelles à l’encontre des enfants.
d.Parties attaquant des écoles ou des hôpitaux.