Somalie

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

La situation sur le plan de la sécurité est restée très instable, en particulier dans le centre-sud de la Somalie, et a entraîné le déplacement de plus de 80 000 personnes. Durant la période considérée, l’armée nationale somalienne et la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) ont mené de plus en plus d’opérations conjointes et chassé les Chabab de villes clefs du sud et du centre du pays.

Au total, 1 870 violations des droits des enfants ont été recensées, qui ont touché 1 482 garçons et 250 filles. Sur 893 cas signalés, 806 ont été vérifiés. Ces nombres représentent une réduction importante par rapport à 2013, mais qui est largement due à la diminution des capacités et de l’accès pour vérifier les informations. 147. Il a été établi que 819 enfants (779 garçons et 40 filles) avaient été recrutés et utilisés par les Chabab (437), l’armée nationale et les milices alliées (197), le groupe Ahl al-Sunna wal-Jama’a (109) et d’autres éléments armés (76). Le recrutement et l’utilisation d’enfants par les milices de clans se sont poursuivis et sont particulièrement inquiétants. Les Chabab ont continué de mener une campagne de recrutement d’enfants et de jeunes dans les mosquées et les écoles. Ils en ont d’ailleurs recruté 82 dans des mosquées ou durant des fêtes religieuses. Des informations ont également été communiquées qui indiquent que cinq garçons ont été utilisés par l’AMISOM pour remplir des fonctions de soutien.

La détention d’enfants est restée un sujet de préoccupation : on a recensé 286 enfants (277 garçons et 9 filles) détenus par l’armée nationale et d’autres forces de sécurité (229), les Chabab (44) et d’autres groupes armés (4). Sept des neuf filles étaient sous la garde des Chabab. Nombre des enfants détenus par les forces de sécurité gouvernementales ont été arrêtés à l’issue de la fouille de leur maison et d’opérations de sécurité, et la plupart ont été libérés quelques jours après leur arrestation. La situation des enfants détenus dans le centre de réhabilitation Serendi, à Mogadiscio, où ma Représentante spéciale s’est rendue en août, est inquiétante. Les enfants n’ayant pas le droit de quitter le centre, ils sont privés de leur liberté. Le Gouvernement doit veiller à ce que chaque enfant privé de sa liberté pour association présumée à des groupes armés soit traité en priorité comme une victime et confié aux responsables de la protection de l’enfance.

Quelque 340 cas de meurtres et d’atteintes à l’intégrité physique ont été établis concernant 520 enfants (393 garçons et 127 filles), qui sont le fait de l’armée nationale et de milices alliées (193), des Chabab (96) et d’autres éléments armés (231). Certains enfants ont été tués dans des tirs échangés lors d’opérations conjointes menées par l’armée nationale et l’AMISOM et dans des attentatssuicides. Des attaques ciblées contre l’armée nationale, l’AMISOM et de hauts responsables du Gouvernement fédéral ont également fait de nombreuses victimes civiles, y compris des enfants. Les Chabab se sont livrés à des exécutions publiques, d’enfants notamment, à titre de punition ou pour faire peur. Un garçon et une fille soupçonnés d’espionnage pour le compte du Gouvernement fédéral ou de l’AMISOM ont été exécutés. Des informations indiquent que 17 enfants ont été tués ou ont subi des atteintes à leur intégrité physique durant des opérations militaires menées par l’AMISOM.

Il est resté difficile de contrôler et de dénoncer les cas de viol et d’autres formes de violence sexuelle commis contre des enfants, notamment car les victimes craignent d’être stigmatisées. Au total, 70 cas de violences sexuelles concernant 76 filles seraient le fait de membres de l’armée nationale et de milices alliées (24), des Chabab (19) et d’autres groupes armés (33). Les filles présentes dans les camps de personnes déplacées ont été particulièrement exposées aux violences sexuelles et au mariage forcé. Au moins 13 cas avérés d’enlèvement se sont soldés par un viol et un mariage forcé. Un événement particulièrement tragique est à signaler au mois d’avril : une fille de 14 ans qui se trouvait dans un camp de personnes déplacées a été enlevée, violée, puis tuée par des hommes armés non identifiés.

Dix-sept écoles ont été attaquées, par les Chabab (8), l’armée nationale et des milices alliées (6) et des éléments armés non identifiés (3). Une école a également été gravement endommagée dans des bombardements par l’AMISOM. Les Chabab ont continué d’utiliser les écoles pour leurs activités de recrutement et ont perturbé l’apprentissage de centaines d’enfants, notamment en distribuant des brochures du djihad aux enseignants et en organisant des séances d’endoctrinement. Ils s’en sont pris à des membres du personnel protégé et ont notamment placé en détention deux enseignants qui avaient refusé d’envoyer leurs élèves aux cours de religion. Quatre écoles ont été utilisées à des fins militaires : trois par l’armée nationale, qui ont été évacuées par la suite, et une par les Chabab. Il a aussi été signalé que l’AMISOM avait utilisé une école à des fins militaires pendant quelques jours du mois de décembre.

Quatre hôpitaux ont été attaqués par des groupes armés non identifiés (3) et les Chabab (1), qui s’en sont pris aussi au personnel. Dans un cas, les Chabab ont enlevé un membre du personnel de santé pour qu’il soigne leurs soldats blessés. En outre, deux médecins et deux garçons sont morts dans des attaques à l’engin explosif improvisé commises contre deux hôpitaux.

Au total, 133 enfants ont été enlevés par les Chabab (97), l’armée nationale et des milices alliées (25) et des groupes armés non identifiés (11). Plus de la moitié des enfants enlevés par les Chabab ont été utilisés pour renforcer leurs effectifs en prévision des opérations conjointes menées par l’armée nationale et l’AMISOM.

Quinze cas de refus d’accès humanitaire ont été signalés. La majorité est le fait de groupes armés non identifiés, trois des Chabab et trois autres de l’armée nationale.

Ma Représentante spéciale s’est rendue en Somalie au mois d’août pour évaluer la situation des enfants touchés par le conflit, engager le dialogue avec le Gouvernement fédéral sur la mise en œuvre des deux plans d’action signés en 2012 qui visent à faire cesser et prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants, et promouvoir le renforcement du cadre juridique de protection des enfants.

Des mécanismes de coordination ont été établis entre l’ONU, le Gouvernement fédéral, l’AMISOM et d’autres partenaires pour faciliter la mise en œuvre des plans d’action. La signature de règles générales concernant la remise des enfants démobilisés des groupes armés en février et la création du groupe de la protection de l’enfance au quartier général de l’armée nationale ont également marqué des étapes importantes. En outre, une équipe mobile de l’armée nationale et de l’ONU a passé en revue plus de 1 000 soldats, ainsi que les membres de la milice de Barre Aden Shire « Hirale », qui se sont rendus en prévision de leur intégration dans l’armée nationale. Aucun enfant n’a été découvert à cette occasion. L’ONU a formé à la protection des enfants plus de 8 000 soldats de l’armée nationale, en collaboration avec la Mission de formation de l’Union européenne en Somalie et l’AMISOM. En outre, dans le cadre des activités de sensibilisation menées par l’ONU, le commandant de la Force de l’AMISOM a publié une directive qui vise à renforcer le principe de responsabilité et le respect des droits de l’enfant durant les opérations.

Après qu’il a été établi que le groupe Ahl al-Sunna wal-Jama’a recrutait et utilisait des enfants, l’ONU a entamé un dialogue avec le groupe pour discuter de l’adoption d’un engagement de mettre fin à cette pratique. 158. L’ONU a également apporté son soutien à la réintégration de 500 enfants (375 garçons et 125 filles) dans le cadre de programmes locaux. Les activités de réintégration comprennent la fourniture d’une assistance psychosociale et l’organisation de programmes d’appui à la reprise de la scolarité et de formations professionnelles.

L’adoption, par le Parlement fédéral, d’une loi de ratification de la Convention relative aux droits de l’enfant en décembre représente un développement positif sur le plan législatif. Le Président Hassan Sheikh Mohamud a signé cette loi le 20 janvier 2015. Je me félicite des progrès accomplis par le Gouvernement fédéral et je l’encourage à poursuivre tous les efforts qu’il déploie pour améliorer la protection des enfants en Somalie, y compris à achever le processus de ratification de la Convention et de prendre des mesures pour ratifier son Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés.

Parties en Somalie

1.       Mouvement des Chababa, b
2.       Ahlu Sunnah Wal Jama’a (ASWJ)a
3.       Armée nationale somaliennea, b,* Ÿ

 Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.

a)Parties recrutant et utilisant des enfants.
b)Parties tuant et mutilant des enfants.