Soudan du Sud

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

La situation politique au Soudan du Sud a changé de façon dramatique au lendemain des violents affrontements qui ont éclaté à Djouba le 15 décembre 2013. Bien qu’il ait été déclenché par des rivalités politiques, le conflit a pris une dimension ethnique qui s’est rapidement amplifiée et a eu des effets dévastateurs sur les enfants. Le nombre de violations a beaucoup augmenté en 2014 : 514 violations touchant 16 307 enfants ont été vérifiées. J’ai fait un récit détaillé des effets du conflit armé sur les enfants au Soudan du Sud dans le rapport que j’ai adressé récemment au Conseil de sécurité pour la période comprise entre le 1er mars 2011 et le 30 septembre 2014 (S/2014/884).

Quatre-vingt-un cas de recrutement et d’utilisation d’enfants touchant 617 enfants (612 garçons et 5 filles) ont été vérifiés. Ils sont imputables, pour la majorité, à l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) (310) et au Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (M/APLS dans l’opposition) (108), mais aussi à la Police nationale sud-soudanaise, au South Sudan Wildlife Service, à l’Armée de libération du Soudan du Sud (SSLA), à la faction Cobra du Mouvement/Armée démocratique du Soudan du Sud (SSDM/A), à l’Armée blanche et à des groupes armés associés à Gabriel Tanginye. De nombreux enfants (leur nombre n’a pas été confirmé) ont également été repérés au sein du groupe Johnson Olonyi, dont l’intégration dans l’APLS était encore en cours en avril 2015, et en compagnie d’autres acteurs armés non identifiés. Les enfants étaient exposés au risque de recrutement dans les camps de réfugiés et de déplacés, les sites de protection des civils et les villages eux-mêmes. Vu les problèmes de sécurité et la difficulté de garantir la sûreté des enfants, il n’a pas toujours été possible de vérifier les informations. Enfin, comme il est indiqué dans la section du présent rapport consacrée au Soudan, en janvier et février, 64 garçons âgés de 14 à 17 ans auraient été recrutés par le MJE dans l’État de l’Unité (Soudan du Sud). Le recrutement de 55 d’entre eux a été vérifié.

Les informations indiquant que 90 enfants ont été tués et 220 blessés ont été vérifiées. Le nombre de meurtres et d’atteintes à l’intégrité physique d’enfants signalés à l’ONU qui n’ont pas pu être vérifiés a également augmenté de façon alarmante. Selon une source, jusqu’à 490 cadavres d’enfants ont été entassés dans des charniers, découverts aux alentours de Bor à la suite de violents combats survenus au début du conflit. D’après certaines informations, les enfants ont été sommairement exécutés. À la suite des affrontements survenus dans les villes de Rubkona et Bentiu en avril, deux garçons ont été retrouvés morts, les mains liées dans le dos, devant une mosquée où s’étaient réfugiés des civils. On ignore à quel groupe appartiennent les auteurs des crimes, mais les faits se sont produits durant un échange de tirs entre l’APLS et le M/APLS dans l’opposition.

À Djouba, l’ONU a également recueilli les déclarations de garçons âgés de 14 à 17 ans, détenus et interrogés par les forces de sécurité sur leur affiliation ethnique et leur rôle dans le conflit, et soumis à cette occasion à des traitements inhumains et dégradants (les forces les ont frappés et ont uriné sur eux).

Au total, 22 viols et autres formes de violences sexuelles contre 36 enfants (4 garçons et 32 filles) ont été vérifiés, qui sont le fait de l’APLS (24), du MJE (4), du M/APLS dans l’opposition (1) et d’inconnus (7). En avril, lorsque le M/APLS dans l’opposition a pris le contrôle de Bentiu, des messages ont été diffusés à la radio locale, appelant à tuer et à commettre des violences sexuelles contre les nonNuer et les étrangers.

On a recensé sept cas d’attaques contre des écoles, y compris de pillages, et 60 cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires. Trente-quatre écoles qui étaient en service (certaines avant la période considérée) ont été évacuées à la suite des activités d’information menées par l’ONU. En décembre, 33 d’entre elles étaient, d’après ce qui a été rapporté, encore utilisées par de nombreux acteurs armés, empêchant quelque 11 000 enfants d’avoir accès à l’enseignement. Au total, 22 attaques contre des infirmeries et des centres de santé ont été confirmées. En avril, le M/APLS dans l’opposition a attaqué l’hôpital de Bentiu et tué des membres du personnel soignant, des patients et des civils qui y avaient trouvé refuge.

Trente-quatre cas d’enlèvement concernant 147 enfants (52 garçons et 95 filles) ont été vérifiés. L’ONU a reçu des informations alarmantes faisant état d’enlèvements à grande échelle, notamment de l’enlèvement de 105 enfants (29 garçons et 76 filles) par le M/APLS dans l’opposition à Malakal en février. En avril 2015, les enlèvements se poursuivaient en grand nombre.

Cent-quatre-vingt-dix-neuf cas de refus d’accès humanitaire ont été vérifiés, soit beaucoup plus qu’en 2013. Ils recouvrent les faits suivants : pénétration par la force dans l’enceinte des complexes humanitaires, pillage, confiscation de matériel et harcèlement d’agents de l’aide humanitaire.

Aucune attaque par la LRA impliquant des enfants n’a été signalée au Soudan du Sud. Cependant, 43 enfants au total se sont échappés ou ont été libérés de l’emprise du groupe. Vingt-huit d’entre eux ont depuis retrouvé leur famille. Les autres se trouvent encore dans le centre de soins provisoire de Yambio, dans l’État de l’Équatoria occidental, en attendant qu’on localise leur famille et qu’ils puissent la rejoindre.

La recherche des familles et la réunification sont restées difficiles, en partie car les responsables de la protection de l’enfance ne peuvent pas accéder, ou ont un accès limité, à certaines régions. Des missions d’intervention rapide ont été conduites à plusieurs occasions pour fournir une assistance de base vitale aux enfants dans les régions difficilement accessibles. Durant une réunion avec ma Représentante spéciale, le chef de la faction Cobra du SSDM/A, David Yau Yau, a reconnu avoir recruté des enfants et a dit qu’il était prêt à les libérer. En avril 2015, plus de 750 enfants avaient été remis aux mains de l’ONU et étaient soignés dans des centres provisoires, recevaient un soutien psychologique et avaient accès à l’éducation.

En juin, ma Représentante spéciale s’est rendue au Soudan du Sud pour évaluer les effets du conflit sur les enfants et engager le dialogue avec les autorités nationales. Durant sa visite, le Président s’est engagé à prendre un décret érigeant en infraction pénale le recrutement et l’utilisation d’enfants et à ordonner qu’on cesse d’utiliser les écoles à des fins militaires. Ma Représentante spéciale a également assisté à la signature, par le Ministre de la défense nationale et des anciens combattants, d’un engagement renouvelé en faveur du plan d’action visant à faire cesser et prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les forces armées. L’engagement renouvelé prévoyait également la cessation et la prévention des violences sexuelles, des meurtres et des atteintes à l’intégrité physique d’enfants et des attaques contre les écoles et les hôpitaux. Un plan de mise en œuvre de cet engagement a été adopté en août. En octobre, le Gouvernement et l’ONU ont lancé la campagne appelée « Des enfants, pas des soldats » au niveau national. À l’issue d’une vaste campagne de sensibilisation, ils ont également créé un comité mixte de haut niveau sur le sort des enfants en temps de conflit armé. En mai, le chef du SSDM/A a lui aussi signé un accord avec ma Représentante spéciale, par lequel il s’est engagé à mettre fin aux violations contre les enfants.

À la fin de 2014, ni le Gouvernement ni le SSDM/A n’avaient progressé dans l’exécution de leurs engagements. Les informations faisant état de violations, en particulier de recrutement, d’utilisation et d’enlèvements d’enfants, sont toujours aussi nombreuses. J’exhorte toutes les parties au conflit au Soudan du Sud à mettre fin à toutes les violations commises contre les enfants et à faire le nécessaire pour que les auteurs de ces violations répondent de leurs actes, y compris grâce à l’ouverture rapide d’enquêtes approfondies et de poursuites. J’engage vivement le Gouvernement du Soudan du Sud à prendre des mesures concrètes pour mettre pleinement en œuvre le plan d’action et l’engagement renouvelé signé en juin, et je prie le SSDM/A de donner effet à l’engagement que son chef a signé avec ma Représentante spéciale en mai.

Parties au Soudan du Sud 

1.       Armée populaire de libération du Soudan (APLS)a, b, Ÿ*
2.       APLS dans l’oppositiona, b
3.       Armée blanche

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

* Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.

a)Parties recrutant et utilisant des enfants.
b)Parties tuant et mutilant des enfants.