Provinces frontalières du sud de la Thaïlande

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

Les violences armées se sont poursuivies dans le sud de la Thaïlande, où des groupes armés s’en sont pris aux civils et ont engagé des combats sporadiques avec les forces de sécurité gouvernementales. Des pourparlers de paix entre le Gouvernement et les groupes armés, placés sous l’égide de la Malaisie, ont été lancés en 2014.

L’ONU a continué d’être informée de cas de recrutement et d’emploi d’enfants par des groupes armés. Des enfants auraient reçu un entraînement militaire et auraient été utilisés comme guetteurs, informateurs ou combattants. Ainsi, un garçon de 14 ans prétendument associé à un groupe armé aurait été tué en août, lors d’un échange de coups de feu avec les forces de défense civile, dans la provinc e de Narathiwat. La question de l’association informelle d’enfants avec des groupes de défense civile assurant la sécurité sur les axes routiers ou dans les écoles, demeure préoccupante. Des cas d’internement administratif d’enfants qui auraient été associés à des groupes armés continuent également d’être rapportés.

L’ONU a été informée que 57 affrontements survenus à Pattani, Yala et Narathiwat – fusillades et attentats commis à l’aide d’engins explosifs artisanaux – avaient fait 23 tués et 65 blessés parmi les enfants. Ainsi, le 3 février, trois garçons âgés de 6 à 11 ans auraient péri sous les balles lors d’une attaque menée contre leurs proches par des éléments armés.

Des groupes armés ont continué de s’en prendre aux enseignants et éducateurs, qui ont souvent été la cible de violences physiques ou verbales. Selon le Ministère de l’éducation, 6 enseignants, 1 éducateur et 10 élèves ont été tués, et 3 enseignants, 1 éducateur et 15 élèves ont été blessés en 2014. Un exemple fait froid dans le dos : en mars, des insurgés ont tiré sur une enseignante qui se rendait à motocyclette sur son lieu de travail, à l’école de Tabing Tingi. Ils auraient ensuite aspergé son corps d’essence avant d’y mettre le feu. Un tract expliquant que cette attaque était destinée à venger le meurtre d’innocents a été retrouvé sur les lieux.

Dans le même ordre d’idées, des calicots sur lesquels étaient inscrits des menaces visant des enseignants ont été retrouvés en novembre dans plusieurs localités de Yala. Des soldats et des policiers assurant la sécurité d’enseignants dans cette région ont également été pris pour cible. En novembre, 18 membres d ’un groupe armé ont attaqué un convoi de sécurité, tuant quatre soldats et en blessant deux. En octobre, huit écoles des provinces de Pattani et de Narathiwat ont été incendiées pendant la nuit. Aucun groupe n’a revendiqué l’attentat. Toutefois, selon certaines sources, il s’agissait d’opérations menées par un groupe armé du Front national révolutionnaire en représailles à des attaques perpétr ées par l’Armée royale thaïlandaise. En octobre, le Gouvernement a arrêté huit personnes, qui auraient avoué être les auteurs de l’attentat.

En mai et en août, pour la première fois depuis le début de l’escalade de la violence en 2014, trois hôpitaux ont été la cible d’attentats à Pattani et à Songkhla. Dans un de ces attentats, une motocyclette garée près de l’hôpital de Khok Pho a explosé, et le feu s’est propagé dans des zones adjacentes, blessant grièvement une fillette de 3 ans.

Dans mes deux précédents rapports annuels, je me félicitais du dialogue sur l’accès aux provinces frontalières du sud entamé entre le Gouvernement et l’équipe de pays des Nations Unies, qui devait permettre à cette dernière d’enquêter de manière indépendante sur les violations présumées des droits de l’enfant. Je m’inquiète que l’équipe de pays ne puisse toujours pas accéder en toute indépendance aux zones concernées à des fins de contrôle et de vérification, et, à nouveau, j’invite instamment le Gouvernement à faire en sorte d’y remédier.