Yémen

Information basée sur le rapport du Secrétaire-Général au Conseil de Sécurité (A/69/926–S/2015/409) publié le 5 juin 2015.

Au cours de la période couverte par le présent rapport, les conditions de sécurité se sont sensiblement détériorées dans les provinces du Nord, où le mouvement houthiste a amplifié sa présence. Des affrontements armés ont eu lieu entre les forces armées yéménites et les milices et les groupes armés tribaux soutenus par le Parti El-Islah d’une part, et les houthistes et Al-Qaida dans la péninsule arabique d’autre part. La situation dans les provinces du Sud est restée tendue et des accrochages se sont produits à Daleh. Les forces gouvernementales ont mené une offensive de masse contre Al-Qaida dans la péninsule arabique et Ansar el-Charia et, à Aden, les affrontements entre les partisans d’Al-Hirak (un mouvement sécessionniste du Sud) et les forces de sécurité ont continué. En avril 2015, une coalition internationale avait déclenché des frappes aériennes contre la rébellion houthiste qui auraient fait un nombre important de victimes parmi les enfants.

L’ONU a confirmé la hausse sensible du recrutement et de l’utilisation d’enfants par rapport à 2013, 156 garçons âgés de 9 à 17 ans ayant été recrutés et utilisés. Dans la majorité des cas (140), ils étaient associés au mouvement houthiste et étaient particulièrement visibles. L’ONU a constaté et rapporté que des enfants armés tenaient des points de contrôle, se trouvaient à bord de véhicules armés ou surveillaient des bâtiments. Depuis la conquête de la capitale par les houthistes en septembre, il est devenu de plus en plus difficile de les distinguer des membres des forces armées yéménites, surtout aux postes de contrôle. Onze garçons âgés de 16 à 17 ans ont été recrutés et utilisés par des milices tribales soutenues par le Parti ElIslah et alliées au Gouvernement ou aux salafistes, tous les garçons sauf deux ayant combattu en première ligne. Il a été confirmé que quatre autres garçons avaient rejoint des groupes armés tribaux de la province de Beida.

Le nombre d’enfants victimes du conflit a fortement augmenté par rapport à la période couverte par le rapport précédent, 74 enfants (56 garçons et 18 filles) ayant été tués et 244 (176 garçons et 68 filles) mutilés. Le nombre d’enfants victimes de mines ou d’autres engins explosifs a plus que doublé, avec 10 enfants tués et 54 mutilés. Les houthistes ont été pris pour cible, notamment lors de deux attentatssuicides qui ont tué 14 garçons et en ont blessé 25. Quatorze enfants ont été tués et 30 autres ont été mutilés par six engins explosifs improvisés, notamment lors d’une attaque dirigée contre un poste de contrôle houthiste. Dix autres enfants ont été tués et 37 blessés dans des pilonnages, et 2 garçons et 3 filles ont été mutilés lors de bombardements aériens, dont 1 garçon et 2 filles par un tir de drone, le 29 septembre dans la province de Jaouf.

Neuf garçons ont été mis en détention par la rébellion houthiste au motif qu’ils auraient effectué des « opérations de maintien de l’ordre ». Il a également été confirmé que six autres garçons avaient été détenus par ce mouvement, dont quatre parce qu’ils étaient soupçonnés d’être associés au Parti El-Islah et un parce que son père était associé à ce parti.

L’ONU a confirmé que 35 attaques avaient été lancées contre des écoles. Ainsi, les 10 écoles qui ont été attaquées dans la province d’Amanat el-Asimah ont été détruites lors d’affrontements qui ont eu lieu en septembre entre le mouvement houthiste, les forces armées yéménites et les milices tribales progouvernementales. Neuf attaques ont été attribuées aux forces armées yéménites et huit aux houthistes. Dans de nombreux cas, les écoles ont été contraintes de fermer complètement.

L’ONU a confirmé que les houthistes et les forces armées gouvernementales avaient mené 13 attaques contre des hôpitaux, ce qui avait sérieusement entravé la fourniture de services médicaux. Le 21 janvier, par exemple, un hôpital situé dans le district de Daleh a été bombardé par les forces armées yéménites. Cette attaque a tué un petit garçon d’un mois et demi et blessé sa sœur de 2 ans au moment où ils essayaient de fuir le bombardement avec leur père.

Il a été confirmé que 90 écoles avaient été utilisées par des forces et groupes armés, la majorité d’entre elles ayant servi aux houthistes de lieux d’hébergement ou de dépôts d’armes. Au vu de cette situation, le Ministère de l’éducation et les rectorats des provinces, soutenus par l’ONU, ont créé des équipes spéciales d’éducation en situation d’urgence, qui ont libéré au moins 25 écoles utilisées par les houthistes.

Il a été confirmé qu’au total, les agents humanitaires s’étaient vu refuser le droit de passage à 43 reprises. Point encourageant, un fonctionnaire de l’ONU qui avait été enlevé par un groupe armé inconnu a été libéré en novembre, après 13 mois de captivité.

Le 14 mai, lors d’une cérémonie à laquelle ma Représentante spéciale pour le sort des enfants en temps de conflit armé a assisté, le Gouvernement yéménite a signé un plan d’action avec l’Organisation des Nations Unies pour faire cesser et prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants par les forces armées yéménites. Dans le mois qui a suivi la cérémonie de signature, des mécanismes de suivi ont été mis en place conformément au plan d’action. Heureuse évolution, à la suite du dialogue que l’ONU a engagé avec la Commission de rédaction de la Constitution, le projet de constitution publié en janvier 2015 prévoit d’interdire l’engagement volontaire des moins de 18 ans. La version finale d’un plan d’action visant à mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants par le mouvement houthiste a été approuvée par son Bureau des droits de l’homme et de la société civile, ce qui aurait été communiqué au cabinet d’Abdul Malik Badreddin al-Houthi. Depuis l’éruption de violence du début de l’année 2015, l’application des plans d’action et des mesures visant à mettre fin aux violations a été suspendue.

Parties au Yémen

1.       Mouvement Houthi/Ansar Allaha
2.       Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar Al-Chariaa
3.       Forces gouvernementales, y compris les forces armées yéménites, la première division blindée, la police militaire, les forces de sécurité spéciales et les gardes républicainsa
4.       Milices progouvernementales, y compris les salafistes et les comités populairesa

a) Parties recrutant et utilisant des enfants.

Les parties soulignées figurent sur les annexes depuis au moins cinq ans et sont par conséquent considérées comme des violateurs persistants.