New York / Port-au-Prince, 17 mai 2026 – Vanessa Frazier, Secrétaire générale adjointe et Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la question des enfants et des conflits armés, a conclu une visite en Haïti, alors que les enfants du pays sont confrontés à des niveaux de violence sans précédent générés par les gangs armés.
Le recrutement et l’utilisation d’enfants ont presque triplé en 2025 par rapport à 2024, et les Nations Unies estiment que les enfants représentent entre 30 et 50 % des membres des gangs. Les cas d’enfants tués et mutilés ont presque doublé sur la même période, les enfants étant de plus en plus utilisés par les gangs, tandis que la violence sexuelle à l’encontre des enfants est endémique et utilisée comme tactique pour terroriser les communautés.
« La situation des enfants en Haïti est unique à bien des égards et les défis auxquels ils sont confrontés sont extraordinairement complexes, multiples et multidimensionnels. J’ai rencontré de jeunes enfants et des adolescents déjà en situation de vulnérabilité au sein même de leur foyer et qui ont traversé un cycle ininterrompu de violence. Il est difficile de comprendre que des enfants puissent vivre de telles expériences. Pourtant, pour beaucoup, c’est une réalité. Grandir signifie lutter chaque jour pour survivre, vivre dans la peur constante, et être soumis à l’intimidation, au déplacement, à la violence et au traumatisme, alors que les gangs exploitent leur vulnérabilité », a déclaré Vanessa Frazier.
Au cours de sa mission, la Représentante spéciale a été reçue par Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti et Chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), ainsi que par la Représentante de l’UNICEF, Mme Geeta Narayan. Elle a également rencontré la Ministre des Affaires étrangères, des représentants du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique, de l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches, de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réintégration, le Représentant spécial de la Force de répression des gangs (GSF), ainsi que des représentants du système des Nations Unies, de la communauté diplomatique et des bailleurs, des organisations de la société civile et des enfants affectés par la violence.
La Secrétaire générale adjointe Frazier s’est félicitée que la protection des enfants soit au cœur de l’agenda du Gouvernement haïtien et de ses partenaires. Elle a salué les efforts du Gouvernement pour prendre des mesures concrètes afin de protéger les enfants, notamment à travers la mise en œuvre du protocole de transfert signé avec les Nations Unies en 2024.
Elle a souligné que les enfants de moins de 18 ans rencontrés lors d’opérations de sécurité doivent être traités avant tout comme des victimes et rapidement remis aux services de protection de l’enfance pour des soins, une protection et une réintégration, conformément au protocole de transfert existant. S’agissant des enfants susceptibles d’avoir commis des crimes graves au cours de leur association avec des gangs, et alors qu’elle visitait un centre de détention surpeuplé à Port-au-Prince, elle a souligné que les normes de la justice pour mineurs s’appliquent, la détention devant constituer un recours de dernier ressort, conformément aux obligations d’Haïti au titre de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant ainsi qu’à son adhésion aux Principes de Paris, que le pays a entérinés.
« Il existe aujourd’hui une fenêtre d’opportunité pour faire ce qui est juste alors que la GSF se déploie. La sécurité et la protection de l’enfance ne peuvent être dissociées. Sans protéger ces enfants et soutenir tous les enfants affectés par la violence, la stabilité durable en Haïti ne sera pas possible », a ajouté Mme Frazier. Elle a salué les efforts de la GSF pour mettre en place des systèmes de protection de l’enfance et former ses contingents à la protection des enfants.
Elle a également reconnu que la réintégration des enfants issus des gangs constitue un défi majeur et multidimensionnel pour toutes les parties concernées, y compris le gouvernement et ses partenaires. À cet égard, la Représentante spéciale a visité des centres de transit gérés par le Gouvernement haïtien avec le soutien de l’UNICEF, qui accompagnent la réintégration des enfants libérés des gangs armés à Port-au-Prince et en dehors de la capitale, et a pu s’entretenir directement avec les enfants.
« Tous les enfants avec qui je me suis entretenue m’ont dit une chose : ils veulent aller à l’école, jouer, apprendre et, par-dessus tout, être tout simplement des enfants », a-t-elle ajouté, soulignant l’importance de l’éducation et de l’apprentissage en tant qu’éléments fondamentaux de la réintégration. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation proactives, menées par tous les moyens disponibles — y compris les radios communautaires, les réseaux sociaux et les chefs religieux —, doivent se poursuivre afin de préparer le retour de ces enfants au sein de leurs familles et de leurs communautés. Beaucoup est déjà entrepris à cet égard, mais les efforts et la détermination doivent encore être renforcés.
La Secrétaire générale adjointe Frazier a réitéré l’engagement des Nations Unies à soutenir Haïti dans tous les efforts visant à renforcer la protection des enfants.
