Information présentée dans le rapport annuel du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé (A/70/836–S/2016/360) publié le 20 avril 2016.

Au début de 2015, Jama’atu Ahl es-Sunna lid-Daawaati wal-Jihad, rebaptisé Province ouest-africaine de l’État islamique et communément connu sous le nom de Boko Haram, contrôlait de vastes pans de territoire dans les États d’Adamawa, de Borno et de Yobe, dans le nord-est du pays. Face à cette situation, les forces de sécurité nigérianes ont multiplié les opérations, menées conjointement avec la Force spéciale mixte civile et d’autres groupes d’autodéfense progouvernementaux, et ont reconquis certaines parties du territoire. D’après les forces de sécurité nigérianes, Boko Haram ne contrôlait plus que deux collectivités territoriales en décembre (Abadam et Mobr, dans l’État de Borno).

Boko Haram a de plus en plus recouru à des attaques commandos sur des « cibles vulnérables » et a également multiplié ses opérations, dont des attentats-suicides, qui se sont étendues du nord-est du Nigéria jusqu’au Cameroun, au Tchad et au Niger, ont fait de nombreuses victimes civiles et engendré des déplacements massifs. En conséquence, on dénombrait fin décembre plus de 1,8 million de déplacés au Nigéria, dont plus d’un million d’enfants, tandis que 220 304 réfugiés étaient recensés dans les pays voisins.

L’ONU a confirmé le recrutement et l’utilisation de 278 enfants (143 garçons et 135 filles), dont 225 par Boko Haram et 53 par la Force spéciale mixte civile. Vingt et une filles ont été utilisées dans des attentats-suicides revendiqués par Boko Haram; 11 de ces attaques ont été attestées au cours du quatrième trimestre. Des enfants ont été utilisés dans des attentats-suicides au Nigéria, ainsi qu’au Cameroun et au Tchad et de nouveaux cas ont été signalés début 2016. Sur les 1 010 enfants (422 garçons et 588 filles) recueillis ou secourus au cours des opérations militaires menées dans le nord-est du Nigéria, 204 (117 filles et 87 garçons) avaient été recrutés et utilisés par Boko Haram. La Force spéciale mixte civile a pour sa part affecté des enfants à la garde des points de contrôle et s’en est également servie comme messagers et espions.

On a établi l’existence de 129 cas d’enfants (69 garçons et 60 filles) détenus pour association présumée avec Boko Haram, dont 85 dans des casernes militaires à Maiduguri, 22 incarcérés au camp Aguata dans l’est du Nigéria par le Bureau du Conseiller national pour les questions de sécurité après avoir traversé le couloir de sécurité du Tchad, et 21 filles détenues à Lagos par les services du Département d’État nigérian et par les forces de sécurité du pays. Le 1er décembre, un enfant de 11 ans a été arrêté à Maiduguri, parce qu’il était apparemment suspecté d’être un « terroriste de Boko Haram » et sa photo a été affichée dans l’ensemble du Nigéria. Il semblerait qu’au moins trois autres enfants figuraient sur l’affiche. En novembre, les forces de sécurité nigérianes ont remis au Gouverneur de l’État de Borno 48 garçons et 10 filles, qui étaient détenus depuis le mois d’août dans un camp militaire à Maiduguri, au motif de leur association présumée avec Boko Haram.

Au moins 5 480 personnes auraient trouvé la mort dans 352 incidents, ce qui constitue une diminution de 26 % par rapport à 2014. L’ONU a confirmé la mort de 244 enfants (109 garçons et 135 filles), principalement dans les États de Borno (130), d’Adamawa (54) et de Yobe (48). Soixante-cinq d’entre eux ont été tués au cours de 13 attentats-suicides perpétrés par des enfants. Au total, 112 enfants (54 garçons et 58 filles) ont été victimes d’atteintes à leur intégrité physique.

Aux mois de mai et juin, 253 enfants (84 garçons et 169 filles) recueillis durant des opérations militaires ont participé à un « programme de déradicalisation » organisé par le Bureau du Conseiller national pour les questions de sécurité dans l’État de Kaduna, dans une installation à laquelle l’ONU a pu avoir accès en juin. Le Bureau a indiqué que quatre filles étaient tombées enceintes après avoir subi des sévices sexuels au cours de leur captivité et que les 68 mères des 112 enfants de moins de 5 ans avaient été violées ou étaient mariées à des membres de Boko Haram. Le site a été fermé le 6 novembre, mais on ne sait pas si les femmes et les enfants qui ont rejoint leur communauté ou les camps pour personnes déplacées ont bénéficié d’un soutien aux fins de leur réinsertion.

Depuis 2014, environ 1 500 écoles ont été détruites dans le nord-est du Nigéria, dont 524 dans l’État de Borno, privant ainsi 400 000 enfants d’un accès à l’éducation. Boko Haram aurait utilisé cinq écoles à des fins militaires dans l’État de Bauchi et les forces de sécurité nigérianes en auraient utilisé trois depuis avril 2014, dans les zones de gouvernement local de Maiduguri et de Chibok, dans l’État de Borno. Pour mieux protéger l’accès à l’éducation, le Nigéria a adopté la Déclaration sur la sécurité dans les écoles et décidé ainsi d’appliquer le Projet de lignes directrices de Lucens pour la protection des écoles et des universités contre l’utilisation militaire durant les conflits armés.

Boko Haram a continué d’enlever des enfants. Sur les 162 cas rapportés, l’ONU a pu en confirmer 26 (15 garçons et 11 filles). En outre, 693 enfants recueillis ou secourus lors d’opérations militaires (327 garçons et 366 filles) se seraient retrouvés là après avoir été enlevés. Rien n’indique que les écolières de Chibok enlevées en 2014 figuraient parmi les rescapés.

Le dialogue avec les autorités nigérianes s’est poursuivi, notamment sur la question de la remise aux autorités civiles des enfants recueillis au cours des opérations menées par les forces de sécurité nigérianes. En décembre, l’ONU a aidé la Commission nationale des droits de l’homme et les forces de sécurité nigérianes à organiser un atelier pour examiner le code de conduite militaire et les règles d’engagement et de comportement à appliquer lors d’opérations contre Boko Haram. S’agissant des efforts déployés pour lutter contre l’impunité, je me félicite de la création, au quartier général de l’armée, d’un bureau des droits de l’homme chargé d’enquêter sur les graves violations des droits de l’homme commises par des militaires et j’appelle à mettre en place des moyens spécifiquement consacrés à la protection des enfants et chargés d’enquêter sur les violations graves dont ils font l’objet. Le nombre d’enfants recrutés et utilisés par la Force spéciale mixte civile me préoccupe et j’appelle le Gouvernement à agir rapidement pour empêcher qu’il n’augmente.

Parties in Nigeria

  1. Force spéciale mixte civilea
  2. Jamaatou Ahl es-Sunna lid-Daawaati wal-Jihad également connu sous le nom de Boko Harama, b, d, e

a Parties qui recrutent et utilisent des enfants.
b Parties qui tuent et mutilent des enfants.
c Parties qui commettent des viols et d’autres formes de violence sexuelle contre des enfants.
d Parties qui attaquent des écoles et/ou des hôpitaux.
e Parties qui enlèvent des enfants.