Yémen

Information présentée dans le rapport annuel du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé (A/70/836–S/2016/360) publié le 20 avril 2016.

Additif au rapport du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé

Le conflit au Yémen s’est considérablement intensifié après la prise de Sanaa par les houthistes en septembre 2014 et le début des frappes aériennes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite le 26 mars 2015. Un bombardement aérien intensif et les combats au sol qui ont suivi ont fait de lourdes pertes parmi les civils. Le nombre de violations graves commises contre des enfants a considérablement augmenté avec l’intensification du conflit.

L’ONU a établi que le nombre de cas de recrutement et d’utilisation d’enfants par des groupes armés avait quintuplé, augmentation particulièrement sensible après l’escalade du conflit le 26 mars, même s’il a été difficile de vérifier les informations du fait de l’insécurité et des difficultés d’accès. La majorité des 762 cas avérés de recrutement d’enfants (tous des garçons) est attribuée aux houthistes (72 %), suivis par les comités populaires progouvernementaux (15 %) et Al-Qaida dans la péninsule arabique (9 %). L’essentiel du recrutement a eu lieu dans les bastions houthistes, comme Amanat el-Asimah (103), Taëz (69) et Amran (34). L’enrôlement qui était essentiellement volontaire a évolué vers le recrutement forcé ou involontaire, par la contrainte, y compris sur la base de fausses informations ou promesses.

En 2015, 183 garçons ont été privés de liberté par des comités populaires en raison de leur association avec des groupes armés, principalement à Abian, Aden et Lahj. Au moins 48 enfants recrutés par les forces houthistes ont été capturés par des comités populaires et privés de liberté pendant trois à cinq mois, avant d’être libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers comprenant des adultes détenus par les comités populaires. En outre, un enfant à Amanat el-Asimah a été accusé d’avoir placé subrepticement des puces électroniques dans des installations qui devaient être prises pour cible par la coalition, et privé de liberté par les houthistes.

L’ONU a établi que le nombre d’enfants tués et blessés avait sextuplé par rapport à 2014, avec un total de 1 953 victimes (785 enfants tués et 1 168 blessés). Plus de 70 % étaient des garçons. Soixante pour cent des victimes (510 morts et 667 blessés) ont été imputées à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et 20 % (142 morts et 247 blessés) aux houthistes. Dans 324 cas, il n’a pas été possible d’identifier la partie responsable. L’EIIL a revendiqué un attentat à l’engin explosif improvisé contre une mosquée d’Amanat el-Asimah qui a fait sept morts et six blessés parmi les enfants, en plus des nombreuses victimes adultes. Soixante pour cent des décès d’enfants avaient été causés par des frappes aériennes, principalement à Amanat el-Asimah, Hajja et Saada. Les frappes aériennes ont encore fait de nombreuses victimes civiles au début de 2016, y compris des enfants. Parmi les jeunes victimes, 29 % ont été tuées dans des combats au sol, pour la plupart à Taëz, Aden et Dali. Quinze enfants ont été tués et 67 autres blessés par des mines terrestres et des restes explosifs de guerre à Abian, Aden, Amanat el-Asimah, Amran, Baida, Dali, Dhamar, Lahj, Marib, Saada, Chaboua et Taëz.

L’ONU a confirmé un cas de violences sexuelles commises sur la personne d’un enfant par un membre d’un groupe armé, mais ces types de violations sont sans doute loin d’être tous signalés.

L’ONU a confirmé 101 attaques dirigées contre des écoles et des hôpitaux, soit deux fois plus que le nombre de cas vérifiés en 2014. Dans 90 % des cas, les attaques ont partiellement ou entièrement détruit les locaux, et dans les 10 % restants, les attaques visaient le personnel protégé, y compris des élèves. Quarante-huit pour cent des attaques contre des écoles et des hôpitaux sont attribuées à la coalition, 29 % aux houthistes et 20 % à des auteurs non identifiés. Plus de la moitié des violations ont été commises entre les mois d’avril et de juin.

Cinquante-neuf attaques contre 34 hôpitaux ont été confirmées, certains ayant fait l’objet d’attaques multiples, notamment à Aden et Taëz. À Aden, six établissements ont été attaqués à dix reprises. À Taëz, trois établissements ont subi 23 attaques distinctes. La majorité des attaques répétées sont attribuées aux forces houthistes. Par exemple, l’hôpital Jumhuriah à Aden a été attaqué à trois reprises par les houthistes en avril. En outre, 15 établissements de santé ont été détruits par des frappes aériennes de la coalition dans le gouvernorat de Saada.

L’ONU a confirmé 42 attaques contre des écoles, la majorité à Amanat el-Asimah (12), Taëz (10) et Saada (10). Cinquante-sept pour cent des attaques sont attribuées à la coalition, 16 % aux houthistes et 21 % à des auteurs non identifiés.

L’ONU a confirmé 51 cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires, pour la plupart (44) à Taëz par les forces houthistes (20), les comités populaires (8) et des groupes armés non identifiés (16). Les houthistes ont également utilisé des écoles à Aden, Dali et Lahj, et deux incidents ont été imputés aux comités populaires à Aden et à des groupes armés non identifiés à Ibb. Quatre cas d’utilisation d’hôpitaux à des fins militaires ont été confirmés, dont trois ont été imputés aux houthistes et un à Al-Qaida dans la péninsule arabique.

L’ONU a confirmé 11 enlèvements d’enfants, tous attribués aux houthistes sauf un commis par Al-Qaida dans la péninsule arabique. Par exemple, deux enfants ont été enlevés à proximité de casernes houthistes à Dali. Les houthistes ont demandé une rançon en échange de leur remise à leur famille mais les enfants ont été ensuite tués.

L’accès humanitaire est resté très limité, la coalition et les houthistes imposant des obstacles à l’acheminement de biens et de services. L’ONU a confirmé 16 cas de déni d’accès humanitaire à Taëz, Saada, Aden et Dali, pour la plupart sous la forme de restrictions à l’entrée du personnel humanitaire et de menaces et agressions contre le personnel. La majorité des incidents vérifiés ont été imputés aux houthistes (11) et à la coalition (3).

En mai 2014, le Gouvernement a signé un plan d’action pour faire cesser et prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants. L’escalade du conflit a cependant empêché d’avancer dans sa mise en œuvre. Ma Représentante spéciale a engagé le dialogue avec le Gouvernement, les États Membres et les organes subsidiaires du Conseil de sécurité pour faire part des graves préoccupations au sujet des effets dévastateurs du conflit sur les enfants. Je demande à toutes les parties de respecter l’obligation que leur impose le droit international de protéger la population et les infrastructures civiles et les engage à aborder la question de la protection des enfants lors des négociations visant à mettre fin au conflit.

Parties au Yémen

  1. Mouvement houthiste Ansar Allaha, b, d
  2. Al-Qaida dans la péninsule arabique/Ansar el-Chariaa
  3. Forces gouvernementales, y compris les Forces armées yéménites, la première division blindée, la police militaire, les forces de sécurité spéciales et la Garde républicainea, • Cette partie a conclu un plan d’action avec l’Organisation des Nations Unies conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.
  4. Milices progouvernementales, y compris les salafistes et les comités populairesa
  5. Coalition dirigée par l’Arabie saouditeb, d

Additif au rapport du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé

Additif
Dans l’attente de l’examen qui doit être mené, la coalition dirigée par l’Arabie
saoudite a été retirée de la liste des parties visées à l’annexe I du rapport en ce qui
concerne le Yémen.

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

a Parties qui recrutent et utilisent des enfants.
b Parties qui tuent et mutilent des enfants.
c Parties qui commettent des viols et d’autres formes de violence sexuelle contre des enfants.
d Parties qui attaquent des écoles et/ou des hôpitaux.
e Parties qui enlèvent des enfants.