Soudan du Sud

Information présentée dans le rapport annuel du Secrétaire général sur le sort des enfants en temps de conflit armé (A/70/836–S/2016/360) publié le 20 avril 2016.

Le conflit s’est poursuivi dans ce pays, qui a été le théâtre d’affrontements violents entre l’Armée populaire de libération du Soudan, le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition et les milices qui leur sont alliées, en particulier dans l’État de l’Unité et l’État du Haut-Nil. Un accord de paix a été signé en août, mais les combats se sont poursuivis, ce qui a conduit au déplacement massif de civils et a eu de graves répercussions sur les enfants. C’est ainsi que 1 051 incidents touchant 28 788 enfants ont été recensés, dont 601 dans le seul État de l’Unité.

L’ONU a confirmé 159 cas de recrutement et d’exploitation touchant 2 596 enfants. Près de 70 % ont été attribués à l’Armée populaire de libération du Soudan (110), à d’autres forces gouvernementales de sécurité et forces qui leur sont alliées, y compris la faction Cobra issue du Mouvement/de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition, qui a intégré l’Armée populaire de libération du Soudan en 2015. Le recrutement et l’exploitation d’enfants sont aussi le fait du Mouvement/de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (19), du groupe armé de Johnson Olony (11), des Archers (4), et de l’Armée blanche (3). Des enfants portant des uniformes militaires ont été aperçus partout dans le pays, en particulier dans la région du Haut-Nil, où ils ont participé à des affrontements directs et ont exécuté des fonctions d’appui. Des informations de première main indiquent que, dans l’État de l’Unité, des enfants reçoivent l’ordre de tuer des civils et de piller des biens. Des filles auraient subi des viols collectifs et auraient été exploitées à des fins sexuelles. Selon les services de l’ONU au Soudan, près de 400 enfants sud-soudanais ont été recrutés en octobre par le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition au sein du camp de réfugiés de Kharasana, dans le Kordofan occidental.

L’ONU a confirmé 131 incidents ayant fait 480 morts parmi les enfants, et 59 autres ayant porté atteinte à l’intégrité physique de 128 enfants, ce qui représente une nette augmentation par rapport à 2014. La majorité de ces cas sont imputables à l’Armée populaire de libération du Soudan (160), y compris dans l’État de l’Unité, où des soldats et des milices alliées auraient mitraillé et incendié des maisons dans lesquelles se trouvaient des enfants. Certains incidents sont le fait du Service de police sud-soudanais, du Mouvement/de l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition, du groupe armé de Johnson Olony et des autres parties au conflit. En outre, sept enfants ont été tués ou blessés lors de quatre incidents qui se sont produits dans des sites de protection des civils mis en place par l’ONU, lors d’échanges de tirs entre l’Armée populaire de libération du Soudan et le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition. Les restes explosifs de guerre ont également fait des victimes parmi les enfants. Les services de l’ONU au Soudan ont constaté un incident transfrontière impliquant l’Armée populaire de libération du Soudan, au cours duquel six enfants ont été tués et cinq autres blessés.

Par ailleurs, 103 incidents concernant des violences sexuelles et touchant 430 enfants ont été confirmés et attribués à l’Armée populaire de libération du Soudan ainsi qu’à d’autres forces de sécurité gouvernementales. La plupart d’entre eux ont été constatés dans l’État de l’Unité. Des garçons auraient été castrés et mutilés sexuellement et les filles qui résistaient au viol auraient été tuées.

Dix attaques d’établissements d’enseignement menées par l’Armée populaire de libération du Soudan ont été confirmées. Elles se sont soldées par la destruction et la détérioration des bâtiments, des actes de pillage ou l’enrôlement d’enfants. Lors d’une opération de recrutement par l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’État du Haut-Nil, 36 enfants ont été enlevés par le groupe armé de Johnson Olony, une milice qui s’était à l’époque ralliée à celle-ci. Ces enfants ont par la suite été relâchés. Onze attaques menées contre des hôpitaux et des établissements de soins ont également été confirmées. Neuf d’entre elles ont été attribuées à l’Armée populaire de libération du Soudan et les deux autres au Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition.

A la fin du mois de décembre, 25 bâtiments scolaires étaient utilisés à des fins militaires par l’Armée populaire de libération du Soudan et d’autres forces gouvernementales de sécurité (22) ainsi que par le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (1). Trente-six autres ont été évacués en 2015, principalement grâce à l’intervention de l’ONU et aux inspections réalisées conjointement avec l’Armée populaire de libération du Soudan.

Le nombre de cas d’enlèvement a fortement augmenté : les 79 incidents attestés touchaient 1 596 enfants. Ils sont essentiellement imputables à l’Armée populaire de libération du Soudan (67), aux Archers (5) et au Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (4), et le nombre le plus élevé a été constaté dans l’État de l’Unité. Ils visaient pour la plupart l’enrôlement et l’exploitation des enfants, dont certains auraient été victimes de viols durant leur captivité.

Il a été possible de confirmer 227 cas de déni d’accès humanitaire, caractérisés par des attaques contre le personnel, la destruction de complexes et l’entrave aux secours.

Suite à l’intervention de l’ONU, la faction Cobra du Mouvement/Armée démocratique du Soudan du Sud a libéré, dans la zone administrative du Grand Pibor, 1 755 enfants qui ont été accueillis et assistés dans le cadre de programmes de réinsertion; certains garçons, toutefois, auraient été de nouveau recrutés. Depuis que cette faction a été intégrée dans l’Armée populaire de libération du Soudan, l’ONU collabore avec le Groupe de la protection de l’enfance de l’Armée afin de libérer tous les enfants.

Des dispositions en matière de protection des enfants ont été incluses dans l’Accord de paix signé en août, mais la collaboration entre l’ONU et les parties au conflit n’a guère été fructueuse. D’autres engagements visant à assurer la protection des enfants s’annonçaient néanmoins, et c’est ainsi qu’en janvier, le Soudan du Sud a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant. Le 26 décembre, le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition a signé un plan d’action visant à prévenir et éliminer le recrutement et l’exploitation des enfants, ainsi que les atteintes à la vie et à l’intégrité physique d’enfants. Je suis néanmoins très préoccupé par l’ampleur des actes de violation commis à l’encontre d’enfants et, comme je l’ai fait lors de ma visite en février 2016, j’exhorte les dirigeants du Soudan du Sud à assumer leurs responsabilités en matière de protection des enfants. Je demande également à toutes les parties de donner suite aux multiples engagements qu’elles ont pris et par conséquent de mettre un terme aux violations commises à l’encontre des enfants et de libérer les milliers d’enfants qui grossissent leurs rangs.

Parties au Soudan du Sud

  1. Armée populaire de libération du Soudana, b, c, e,  Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.
  2. Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l’oppositiona, b,  Cette partie a conclu un plan d’action avec l’ONU conformément aux résolutions 1539 (2004) et 1612 (2005) du Conseil de sécurité.
  3. Armée blanchea

Les parties dont le nom est souligné figurent dans les annexes depuis au moins cinq ans et sont donc considérées comme des parties qui persistent dans leurs actes.

a Parties qui recrutent et utilisent des enfants.
b Parties qui tuent et mutilent des enfants.
c Parties qui commettent des viols et d’autres formes de violence sexuelle contre des enfants.
d Parties qui attaquent des écoles et/ou des hôpitaux.
e Parties qui enlèvent des enfants.