Statement by Ms. Leila Zerrougui, European Parliament (French)

Statement by Ms. Leila Zerrougui, Special Representative of the Secretary-General for Children and Armed Conflict

European Parliament

Meeting of the Subcommittee on Security and Defence and Subcommittee on Human Rights

25 January 2016

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You can watch Ms. Zerrougui’s presentation here 

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Madame la présidente du sous-comité pour la sécurité et la défense, mesdames et messieurs;

Permettez-moi tout d’abord de vous exprimer ma sincère gratitude pour l’organisation de cette séance de discussion sur le sort des enfants en temps de conflits armés.

Je tiens à remercier l’union Européenne et ses états membres pour leur soutien continu à mon mandat. Par votre engagement ici à Bruxelles et dans vos capitales, par vos actions sur le terrain, vous contribuez à mieux protéger les enfants pris dans l’engrenage des conflits armés et soutenez les efforts entrepris par les Nations-Unies et la société civile.

L’année 2016 commence à peine, mais, nous le savons d’ores et déjà, nous serons ànouveau confrontés à des conflits de plus en plus complexes, et dont le degré de violence continuera d’avoir un impact catastrophique sur des millions d’enfants.

Plus que jamais, il est essentiel d’unir nos forces pour maximiser l’impact de nos actions et s’assurer que les outils à notre disposition soient utilisés au mieux pour protéger les enfants victimes des conflits armés.

Avant d’aborder notre collaboration plus en détails, permettez-moi de vous présenter brièvement les principaux outils développés dans le cadre du mandat que je représente.

Description du mandat
Mon mandat a été créé par l’Assemblée générale il y a exactement 20 ans pour renforcerles mécanismes de protection de l’enfance et donner aux enfants affectés par les guerres une voix aux plus hauts échelons des Nations Unies.

Dans le cadre de mon mandat, les Nations Unies recueillent des informations vérifiées détaillant où et comment les enfants sont affectés par les conflits armés.

Ces informations sont présentées chaque année au Conseil de Sécurité dans un rapport du Secrétaire Général. Dans ce même rapport, le Secrétaire général nomme les parties au conflit qui commettent les 5 violations suivantes:

  • Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats ;
  • Le meurtre et la mutilation d’enfants ;
  • La violence sexuelle contre les enfants ;
  • Les attaques contre des écoles et des hôpitaux ;
  • L’enlèvement d’enfants

En ce moment, 57 parties au conflit – 49 groupes armés et 8 forces de sécurité gouvernementales – commettant des violations graves envers les enfants dans 14 pays sont nommées sur la liste du Secrétaire-général.

Parmi eux, notons l’Afghanistan, la Centrafrique, la RDC, le Mali, la Somalie, le Yémen laSyrie et d’autres pays qui bénéficient du soutien de l’Union européenne.

La liste du Secrétaire général est accompagnée d’une requête additionnelle du Conseil de sécurité : Celle d’engager un dialogue constructif avec les gouvernements et groupes armés listés afin d’élaborer des Plans d’Action pour mettre fin et prévenir les violations envers les enfants.

Plus de 20 Plans d’Action ont été signés jusqu’à maintenant avec des gouvernements etgroupes armés pour mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats et autres violations envers les enfants.

La mise en œuvre des Plans d’Action est un travail de longue haleine, mais qui mène à des résultats concrets ayant un impact direct dans la vie de dizaines de milliers d’enfants.

Les résultats obtenus le sont grâce, entre autres, à votre engagement et votre soutien.

Enfants pas Soldats

EnfantsPasSoldats-Poster-Français-Garçon-Tabloid (1)Nos années d’engagement avec les parties au conflit, les actions concertées des Nations Unies et de la communauté internationale ont permis d’en venir à un consensus parmi les gouvernements que les enfants n’ont pas leur place au sein des forces de sécurité en conflit.

C’est de ce consensus qu’est née la campagne Enfants, pas soldats, lancéeconjointement avec l’UNICEF, pour mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants par les forces armées gouvernementales en conflit.

Je me suis engagée personnellement à soutenir les 8 pays qui, au moment du lancement de la campagne il y a deux ans, étaient toujours listés par le Secrétaire-Général pour le recrutement d’enfants dans leurs forces de sécurité. Ces pays sont l’Afghanistan, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Myanmar, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen.

Les progrès sont encourageants, mais notre travail est loin d’être terminé et nous avons besoin de votre soutien.

Jusqu’à maintenant, le Tchad a mis en place toutes les mesures nécessaires pour prévenir le recrutement d’enfants et a été retiré de la liste du Secrétaire général. La campagne a également contribué à réduire considérablement le nombre de cas de recrutement et d’utilisation d’enfants dans la majorité des pays concernés. Cependant, en dépit de progrès encourageants peu de temps après le lancement de la campagne, de nouveaux conflits ont effacé les avancées réalisées au Yémen et au Soudan du Sud.

Le soutien généré par la campagne Enfants, pas soldats a également ouvert de nouvellesportes pour entamer le dialogue avec les groupes armés non étatiques. C’est un élément important car 32 des 49 groupes armés listés par le Secrétaire général sont actifs dans les pays concernés par la campagne. En travaillant avec les états à établir un cadre législatif qui criminalise le recrutement d’enfants et permet de lutter contre l’impunité, on crée un espace qui nous permet d’aborder les violations commises par les groupes armés ainsi que les autres violations perpétrées envers les enfants.

Notre collaborationpresentation eu parliament jan 2016
Venons-en maintenant de manière plus précise à notre collaboration.
Je voudrais tout d’abord souligner à nouveau l’engagement politique fort de l’Union Européenne pour protéger les enfants affectés par les conflits.

Je vous invite à non seulement maintenir, mais à renforcer cet engagement ici à Bruxelles, mais aussi dans les pays ou l’Union européenne a des déploiements civils et militaires.

Cet engagement politique doit aussi continuer à se manifester à travers vos ambassades dans les pays ou les enfants sont affectés par les conflits armés ;

Notre objectif commun de mettre fin au recrutement et à l’utilisation des enfants –utopique, il y a à peine quelques années- devient possible. Nous avons maintenant la responsabilité d’y consacrer l’attention et les ressources nécessaires.
Mise en œuvre des plans d’action
Tout d’abord, abordons la mise en œuvre des plans d’action avec des exemples concrets.

Les plans d’actions avec les forces de sécurité gouvernementales requièrent

  • La criminalisation du recrutement d’enfants dans des législations nationales
  • Des réformes judiciaires qui mènent à une action robuste pour lutter contre l’impunité.
  • Des services de protection de l’enfance créés au sein des forces de sécurité
  • Des services de réintégration pour enfants soldats mis sur pied ou renforcés
  • Des campagnes de sensibilisation pour mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats
  • Le renforcement des programmes d’enregistrement des naissances

Ce ne sont là que quelques exemples pour lesquels les états concernés ont besoin du soutien de la communauté internationale.

Ce n’est qu’une illustration du rôle important de vos programmes, de votre soutien aux réformes des secteurs de la sécurité et de la justice pour contribuer au succès des plans d’action.

J’invite d’ailleurs les représentants de l’Union européenne à assurer une coordination avec les « task force », les équipes spéciales de pays chargées de la mise en œuvre des plans d’action et de toutes les questions liées aux enfants affectés par les conflits armés, pour maximiser l’impact de nos actions.

Déploiements militaires
Les déploiements militaires, les missions de formation civile ou militaire présentent d’autres opportunités de promouvoir la protection des garçons et filles.

Intégrer des modules sur la protection de l’enfance aux formations de pré-déploiement, ou encore au soutien accordé aux forces de sécurité étrangères contribue à s’assurer que les militaires soient bien outillés pour réagir adéquatement lorsque confrontés à des enfants soldats par exemple.

Le département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et l’OTAN ont déjà développé des modules de formation à la protection de l’enfance.

Ce sont des outils qui peuvent s’avérer très utiles dans la réponse à des groupes tels que Daesh ou Boko Haram, dont l’impact transnational ajoute à la complexité des opérations mises en œuvre ou soutenues par l’Union européenne (ou ses états membres).

À ce sujet, pour assurer la protection des enfants, je vous invite à continuer, avec moi, votre plaidoyer pour faire en sorte que toute opération pour contrer l’extrémisme violent soit menée en conformité avec le droit international humanitaire, des réfugiés et des droits humains.

Chers collègues, Mesdames et Messieurs
Permettez-moi, en conclusion, de lister d’autres domaines où les besoins sont énormes et où notre collaboration est assurée d’un impact direct sur la vie des garçons et filles affectés par les guerres :

L’union européenne peut nous aider à soutenir les programme de réintégration des anciens enfants soldats, l’étape la plus longue et la plus coûteuse du processus de plans d’action, qui doit se faire par l’éducation, la formation et l’emploi des jeunes, ainsi que l’assistance psycho-sociale.

Je reviens sur l’importance des réformes. L’Union européenne peut fournir expertise et soutien pour renforcer l’administration de la justice, appuyer les réformes entreprises et promouvoir la lutte contre l’impunité des auteurs de violations envers les enfants ;

Finalement, je vous invite à continuer à utiliser et renforcer les Orientations de l’Union européenne sur les enfants face aux conflits armés. Nous augmentons l’impact de nos actions en intégrant la protection de l’enfance à toutes nos activités. C’est valable pour l’Union européenne, mais aussi pour les autres organisations régionales et le système des Nations Unies.

Vingt ans après la création de mon mandat, je me suis engagée à faire en sorte que nous arrivions à protéger un plus grand nombre de garçons et filles affectés par les guerres.

Nous avons l’opportunité de réaliser conjointement des actions qui auront un impact réel dans la vie de milliers d’enfants. Je suis convaincue que c’est une occasion que nous ne laisserons pas passer.

Merci de votre attention.